La tentative

Il y a de plus en plus de ces journées, celles où l’on revient dans le présent. Enfin…
Quel tourbillon que cette horreur! Pourquoi vivre une chute de cette ampleur?
Respirer, trouver l’énergie, revenir dans la réalité, oublier le passé.
Finalement, peut-être que tout cela est terminé? Non, je le sais…

J’ai décidé d’accepter ces émotions qui arrivent subitement, irrationnellement.
J’ai décidé de les ressentir lorsqu’elles veulent sortir. J’ai décidé de baisser les bras, je crois.

Un moment nécessaire, une pause essentielle, un arrêt pour mieux avancer.
Le jour, c’est plus facile. Je m’accroche à ce que j’ai, au gens que j’aime.
La nuit, c’est différent. Je me réveille avec ces terribles sentiments. Mais je sais, tout cela est normal. Je dois l’accepter maintenant.

L’autre jour, j’ai dit à ma fille « Je vais bien, tu ne trouves pas? Peut-être que finalement, j’aurais pu commencer la rentrée! »
Et elle m’a répondu aussitôt : « Maman, tu oublies vendredi dernier, tu as passé la journée couchée… et mardi, quand tu as appelé papa parce que tu étais en voiture et que tu n’arrivais plus à conduire… »
Oui, la réalité, on a tendance à l’oublier vite. Quand les belles journées se pointent le bout du nez, on croit que tout est terminé, qu’on est enfin guérie! Me donner le temps, c’est ce que je dois faire.

Il est surprenant de réaliser à quel point le corps doit se débarrasser des émotions refoulées. Et ce ne sont pas que les émotions vécues lors du trauma, mais celles qui nous ont suivi pendant toutes ces années. Ces nuits où je me réveillais, pensant que je devenais folle. Ces virées interminables dans les transports en commun où je devais gérer mon anxiété. Je me rappelle que j’avais peur de le croiser. Ces soirées, seule, à regarder la télévision avec la tristesse profonde comme je ne l’ai jamais vécue. Toutes ces émotions reliées au trauma, toutes ces sensations corporelles figées en moi, je dois les laisser m’envahir pour enfin, m’en débarrasser. Je dois les affronter.

J’accepte. J’accepte que ce soit arrivé. Je n’ai pas vraiment le choix.  Je dis cela aujourd’hui en sachant que demain, je ne l’accepterai peut-être pas. Et ça aussi je l’accepte.

J’accepte de m’en vouloir. J’accepte d’être parfois ridicule. J’accepte d’être impulsive et irrationnelle. J’accepte d’être complètement à côté de moi-même. J’accepte cette perte de contrôle incontrôlable… J’accepte d’être incapable de l’accepter…

J’accepte de replacer cela dans ma vie, même si j’ai fait tant d’efforts pour l’effacer et que j’avais réussi. Enfin, c’est ce que je croyais. J’accepte que cet événement ait modifié mon chemin. Parce que, au final, je suis exactement là où je voulais être.

J’accepte surtout le fait d’avoir été forte. Oui, aujourd’hui je tombe, parce que c’est épuisant être forte. Vingt ans à tenir bon, à garder la tête hors de l’eau, à vivre mes émotions en silence, à enfouir cette honte le plus loin possible, à ressentir cette colère tout en se croyant responsable, à tenter le plus possible de retrouver confiance. J’accepte que tout cela ait fait partie de ma vie… je n’ai pas le choix. Je le sais maintenant, j’ai passé vingt ans à ne pas l’accepter. Il est temps de voir la vérité en face.

C’est un processus. Aujourd’hui, je vais bien. Demain, ce sera peut-être différent. Mais j’accepte de prendre le temps. J’accepte le processus de guérison.

Guérir ne veut pas dire effacer. Maintenant, ça je le sais. Et je tente de l’accepter…

2 réponses sur “La tentative”

  1. Je t’admire.
    Pour moi, c’est une vraie force, de pouvoir accepter tout cela.
    Je ne connais pas beaucoup de gens qui décident de regarder la vérité en face 🙂
    😚

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