La décision

Pourquoi je le ferais? La question…

Parce que c’est grave.
Parce que ça brise une vie.
Parce que c’est un crime.
Parce que je mérite le respect, de mon être, de ma dignité, de mon intégrité.
Parce que personne n’a à vivre ça, y compris moi.
Parce que trop de gens encore ne comprennent pas la portée d’un tel geste.
Parce que les conséquences sont si nombreuses.
Parce que ça affecte plusieurs sphères de la vie.
Parce que c’est un traumatisme épouvantable.
Parce que ça laisse des séquelles psychologiques.
Parce que ça a des impacts sur la santé physique.
Parce que c’était planifié, prémédité.
Parce que ma colère est légitime et que je veux l’exprimer intelligemment.
Parce que je veux reprendre le pouvoir qu’il m’a enlevé.
Parce que je veux rétablir les faits.
Parce que j’ai le droit d’être entendue et considérée.
Parce que j’ai avec moi la chose la plus importante, la seule chose nécessaire, la vérité.

Mais surtout,
Parce qu’il n’avait pas le droit de me faire ça.
Et moi, j’ai le droit de faire ça.

Mais la vraie question est…
Pourquoi je ne le ferais pas?

Parce que de doute façon, ma vie est peut-être plus belle que la sienne? Parce que je suis peut-être plus heureuse que lui? Parce que la vie l’a peut-être rattrapé, il a peut-être des problèmes dont je ne soupçonne l’existence? Parce qu’il était peut-être souffrant, blessé? Peut-être avait-il eu un passé plus triste que le mien? Non. Il ne mérite pas mon empathie. Il m’a agressé, point. Je ne dois pas penser plus loin. Parce que des gens vont peut-être en souffrir? Pourtant, c’est son geste, pas le mien.  Je ne dois pas me sentir coupable. Cela suffit.

Parce qu’on va penser que je veux me venger? Parce qu’on va dire que je cherche à soutirer de l’argent? Parce qu’on ne me croira pas, on dira que je profite de la situation, on dira que je mens peut-être? On me jugera, on écoutera mon histoire et j’entendrai ces préjugés? On va me pointer du doigt, me ridiculiser, douter de moi? On dira que je le fais pour des raisons égoïstes? Non. Ce que les autres pensent ne m’appartient pas. Je ne dois plus diriger mes actions en fonction de ce que l’on pensera de moi. Je ne dois pas avoir honte. Cela suffit.

Parce que de le faire, c’est rester encore dans ce tourbillon? Parce que c’est de l’acharnement? Parce qu’il serait préférable de tourner la page, de passer à autre chose, de lâcher prise, de faire la paix avec mon passé? Non. Que je le fasse ou non, cela ne partira jamais, de toute façon. Tourner la page, je ne pourrai jamais vraiment. Je ne peux faire semblant et me faire croire que cela ne s’est jamais passé. Je peux avancer, évoluer, mieux me comprendre, redonner à l’autre ce qui lui appartient, mais je ne pourrai jamais effacer le traumatisme complètement. Que je le fasse ou non, la blessure restera. Je ne dois pas me mentir. Cela suffit.

Parce que j’ai peur de perdre de l’argent? De faire tout cela et de m’effondrer au bout du chemin? Parce qu’il pourrait en ressortir glorieux, comme lorsqu’il est sorti de ma chambre? Parce que c’est un gros risque à prendre? Non. Je ne veux plus faire des choix en fonction de ma peur. Je ne veux plus refouler au risque d’être blessée encore. Cela fait trop longtemps que j’agis de cette façon. La peur ne sera plus mon phare. Ma confiance doit être inébranlable. Plus que jamais. Je ne dois plus m’oublier. Je suis importante. Je suis forte. Je ne dois plus m’écraser pour me protéger. Cela suffit.

Parce que je peux le faire.

Parce que toutes les victimes devraient pouvoir le faire.

Et parce que tous les agresseurs devraient être tenus responsables de leurs gestes.
Sans aucune exception…

« On ne se libère pas d’une chose en l’évitant, mais en la traversant » Cesare Pavese

L’injustice du silence

Je suis la criminelle,
Quel monde cruel…

Je viens de recevoir une mise en demeure. Il y a quelques jours. De lui. De son avocat.
J’en parle, car je trouve cela complètement inconcevable.

Dans quel monde vivons-nous?
Je dois me taire. Sinon il peut me poursuivre. Sinon, il va me poursuivre.

On nous dit de parler, de dénoncer. Cette libération de la parole a un prix, j’en étais très consciente. Et lorsque j’osais m’affirmer, du bout des lèvres, j’avais toujours peur. Peur de passer pour la méchante, la criminelle. Peur que cela me nuise. Cette lourdeur que je ressentais à chaque fois. Cette lourdeur qu’il a déposée sur moi ce soir-là et dont je n’ai jamais pu me débarrasser. Le poids du silence. Toujours.

J’ai laissé tomber ces amis. Je les percevais complices de ce viol. Dans mon esprit, je n’étais rien. Il avait réussi son coup, il irait s’en vanter. Et puis, on ne ferait rien. Car je l’avais mérité.

J’ai tout quitté et je me suis refermé sur moi-même. J’ai vécu un traumatisme grave qui a laissé des séquelles dans ma vie. Et c’est lui… que l’on doit protéger. Laissez-moi hurler!

Lorsque mon choc post-traumatique a débuté, l’urgence en moi a été de parler. Cette urgence de réparer, de crier haut et fort ce qu’il m’a fait, ce que j’ai enfoui, ce qui m’a empoisonné pendant toutes ces années. La femme rationnelle et en contrôle s’est effondrée. Les émotions se sont mises à exploser. Mais ça… évidemment… j’aurais dû encore me la fermer! J’aurais dû le protéger! Ne rien dire pour ne pas lui nuire! Ce pauvre homme victime de ma colère. Pleurons en cœur…

Maintenant, j’ai cette mise en demeure qui me menace de poursuites si je tiens encore ces « propos mensongers ». On me dit que je serai tenue responsable de tout dommage qui pourrait en résulter! Je frissonne rien qu’à lire ces phrases qui me transpercent. Je suis une méchante sorcière… et cela me donne encore plus la conviction que nous ne devons pas nous taire.

Je faisais attention à ce que je disais, faisais… je me sentais coupable de parler, et on me disait que je n’avais pas à cacher la vérité.

Si j’ai hésité à parler de ce que j’ai vécu, maintenant, la question ne se pose plus. Cette mise en demeure est la preuve qu’il n’y a rien de changé. Elle est la preuve de l’aberration sociale dans laquelle nous sommes encore prisonniers. Elle est la preuve que nous devons, plus que jamais, parler.

Nous avons un réel problème de société. Nous avons un réel problème à régler. Durant cette année du mouvement #moiaussi, des gens se sont indignés des dénonciations en utilisant le concept de « chasse aux sorcières ». Ce qui me faisait carrément frissonner. La chasse aux sorcières, ce sont les victimes qui la vivent. Depuis des centaines d’années.

Je parlerai. Je ne me tairai jamais. Je ne mens pas. Je vais me lever pour toutes ces victimes qui sont réduites au silence. Pour toutes ces femmes et ces hommes qui n’osent dénoncer. Parce que la peur nous tient, la peur nous écrase, la peur nous brise.

Cette mise en demeure vient jouer sur ma peur…
Je dois être forte. Plus que jamais.
Je ne dois pas le laisser encore me dominer.
Je dois crier à l’injustice. Je ne peux faire autrement.

J’assume tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai dit.
La vérité sera toujours mon cheval de bataille.
Qu’on me poursuive, qu’on m’emprisonne, qu’on me mette au bûché,
Jamais je ne mentirai!

Pas si grave

Ce qui me dérange, c’est votre journal. Je n’ai aucun problème avec votre témoignage.

Ha! Vous comprenez! Je suis contente d’entendre ça…

Mon travail, c’est d’arrêter des agresseurs, mais c’est aussi de protéger mes plaignantes.

La défense va jouer avec ça, ils vont vous démolir, et ça va lever le doute raisonnable.

On dirait une fille qui fait le constat de ses agissements…

Je pourrais très bien vous préparer, vous accompagner, mais c’est vous qui allez être en avant, qui allez vous faire démolir, et vous n’avez pas besoin de ça.

La défense n’ira pas avec des gants blancs. Ce n’est pas un jeu.

Ça vous a libéré de porter plainte? Ça vous a fait du bien? Bon! C’est ça l’important!

Ce n’est pas qu’on ne vous croit pas!

Vous avez mes coordonnées si vous avez d’autres questions!

 

Je suis désolée, je n’ai pas eu le temps de vous répondre, parce que j’avais des rencontres avec des victimes… Vous pouvez appeler la CAVAC en attendant.

 

Qu’est-ce que vous voulez?

Je vous avais tout expliqué l’autre jour. Qu’est-ce que vous n’avez pas compris?

Ça ne marche pas! Vous ne pouvez pas! J’ai 25 ans d’expérience, je sais comment ça va finir. Il n’aura même pas besoin de témoigner.

Combien de fois dois-je vous dire que je fais ça pour vous protéger?

Ce n’est pas que je ne vous crois pas! C’est que ça ne marche pas! Vous pouvez demander un autre avis, mais moi je vous le dis, ça ne marche pas…

Je n’en reviens pas! Je n’ai jamais eu à me justifier autant…

Ce n’est pas ça qui va vous aider à guérir!

Non, je ne rencontre jamais les plaignantes dont j’ai refusé le dossier!

Je ne sais pas ce que la dame de la CAVAC vous a dit, mais elle n’a pas vu le dossier!

On voit qu’il n’y a pas qu’avec lui que vous avez des choses à guérir…

Non, ça ne lui donne pas le droit! Et c’est pour ça que vous avez porté plainte.

Oui, le mouvement #moiaussi va faire bouger les choses. Ça va faire en sorte que les filles vont s’affirmer, vont savoir se faire respecter, n’accepteront plus certaines choses.

Maintenant, vous allez guérir et devenir une ressource…

Bonne chance.

Ceci n’est pas un viol…

« Ceci n’est pas un viol. Il s’agit seulement d’une salope qu’il aura suffi de convaincre. »
Virginie Despentes

Cette phrase, c’est exactement ce que je me disais le lendemain. C’est ce que j’ai écrit dans mon journal.

Et c’est exactement ce que j’ai compris lorsque la procureure m’a expliqué qu’elle ne poursuivrait pas. Ce journal me nuisait. Ce que j’y ai écrit, c’était le bilan de mes agissements. Je serais détruite, assurément. La défense n’aurait même pas à démontrer quoi que ce soit. Je le dis moi-même sur ces pages sombres… il y a eu d’autres gars, plusieurs. Alors, il s’en sortirait.

Je me suis senti tomber dans le gouffre.

Moi qui croyais qu’elle m’en sortirait, elle m’y a replongé. Elle a confirmé ce qu’il m’avait dit. Elle a brisé ce que j’essayais de réparer.

Il m’a violée. Mais ce n’est pas si grave finalement. Parce que le lendemain, je l’ai cru, j’ai tout mis sur ma faute, je me suis détestée d’avoir été utilisée de la sorte. Voilà ma punition. Je ne pouvais me plaindre. Je l’avais cherché.

On ne viole pas une salope. On l’utilise, on se la fait. On l’emprunte pendant quelques temps. On la manipule un peu pour qu’elle se laisse faire. On n’a aucun remord. On peut même s’en vanter, mais pas tant. Parce que c’est une salope. Tout le monde peut se la faire. Il n’y a pas de quoi s’en vanter…

On n’aide pas une salope. Si elle pleure, c’est de sa faute. C’est qu’elle l’a cherché. Ce n’est pas la première fois qu’elle ouvre les jambes. Qu’elle ne vienne pas se plaindre si ça a mal tourné. Elle devait s’y attendre que ça puisse lui arriver. On ne va quand même pas la défendre. On ne va pas accuser le gars en question. Il n’a rien fait de grave. Il a juste profité d’une salope…

Et si on est une salope, il faut assumer. Si on ne veut plus en être une, il faut partir ailleurs et recommencer. On n’a pas à tenir les autres responsables, on a couru après son propre malheur. Sentir les regards, les jugements, c’est douloureux. Mais c’est de notre faute. Il ne faut pas se plaindre. On doit fermer les yeux ou les ouvrir. À nous de choisir.

J’ai fermé les yeux sur ce qu’il m’a dit. Sur ce qu’il a inscrit dans mon âme.

J’ai fermé les yeux sur la perception que j’avais de moi. Je les ai tous mis dans le même panier, car c’est ce qu’il a voulu me faire croire. J’étais ça. Pour tout le monde. Je ne pourrais me défendre. On ne m’aiderait pas.

J’ai fermé les yeux et j’ai tellement eu mal. Tellement pleuré. Tellement culpabilisé. Je ne l’ai jamais tenu pour responsable. Je l’ai oublié rapidement. Il n’était qu’un détail parmi les autres. Il était un de plus. Un de trop. Celui qui m’avait confirmé ce que j’étais, qui m’avait seulement ouvert les yeux.

La voilà ma blessure…
J’ai fermé les yeux pendant trop longtemps.
Alors que je croyais les avoir ouverts.

Je viens de les ouvrir…
Ça me fait mal. Mais ça me fait du bien.
C’est paradoxal.

Enfin, voir la vérité. Constater ce qu’il a créé.
Me libérer.

Mais aussi, réaliser le mal qu’il a causé en moi pendant si longtemps.
La culpabilité qui se transforme en colère.
Le sentiment d’injustice qui prend tout son sens.

J’ai cru qu’en 2018, on m’aiderait.
Qu’on comprendrait ma douleur du lendemain.
Que même s’il y avait eu d’autres gars, cela ne lui donnait pas le droit de me faire ça.

Il semble bien qu’il y ait encore du chemin à faire.
Il semble que j’avais bel et bien raison de me taire.
C’est de ma faute si justice ne sera jamais rendue.
Je n’étais pas pure, je n’étais pas chaste,
Je dois assumer ce après quoi j’ai couru.

Tourner la page de ce journal, prendre le blâme et admettre mes torts.

Lui, il a eu l’intelligence de choisir celle qui se culpabiliserait.
Il a réussi, même en 2018, à me faire avaler ce qu’il a fait.

Contrôle

Contrôle.
Contrôle tes pensées, tes émotions.
Contrôle tes paroles et tes réactions.
Contrôle ces souvenirs qui te remontent dans la gorge,
Contrôle les frissons et les angoisses qu’ils forgent.

Reviens ici, reste là, ne te perds pas si loin,
Tu as toujours su faire ton chemin,
Tu n’as plus jamais regardé derrière,
Tu as réussi à fuir l’enfer.

Pourquoi aujourd’hui tout a changé?
Pourquoi t’es-tu laissé emporter?
Tu savais que tu ne devais pas faire volte-face,
Ce que tu avais caché, il ne fallait pas que ça se sache.

Je sais, c’était plus fort que toi.
Je sais, tu n’avais plus vraiment le choix.
Un jour ou l’autre, il fallait affronter,
Depuis trop longtemps tu l’as évité.

Et tu t’épuises à coup de phrases rationnelles,
Tant bien que mal, tu t’agrippes aux logiques partielles,
Pensant bien faire, pensant t’en sortir,
Croyant que dans ton chemin tu puisses revenir.

Tu sais que plus rien ne sera jamais pareil,
Parce que les bruits sont revenus à tes oreilles,
Les images ne te quitteront plus,
Et cette justice qui t’a tant déçue…

Il faut que tu te consoles seule à présent,
Tu le savais depuis l’instant,
Ne le laisse pas gagner, ne fais pas ça,
Sois forte comme lors de ce moment-là.

Comment un événement peut-il tout briser?
Comment une seule personne peut-elle tout contrôler?
Je tuerais pour revenir en arrière,
Crier ma haine, devenir guerrière,
Me lever et dire à tous ce qu’il m’a fait,
Me refermer, ça non jamais!

Il aura fallu attendre tout ce temps pour parler,
Et tu te trouves pathétique de tomber,
Qu’il ait encore tant de pouvoir sur toi,
Alors qu’il ne le mérite tellement pas.

Il n’est qu’un être narcissique, mythomane,
Qui jamais n’admettrait, ne prendrait le blâme,
Tu l’as toujours su, c’est pour ça que tu es partit,
Car jamais tu ne gagnerais contre lui.

Et tu as cru bien faire ton devoir,
Tu as dit la vérité, tu t’es accroché à l’espoir,
Sachant que tu devais tout prouver,
Que toutes tes paroles seraient examinées,
Qu’on douterait de toi, de ta sincérité,
Ces détails qui peuvent te nuire, te briser.

Oublie la justice, oublie-la.
Jamais il n’y en aura.
Il a gagné depuis le début,
Depuis la première bière qu’il t’a tendue.

Contrôle. C’est tout ce que tu peux faire.
Il est temps de revenir sur terre.

20 juillet 2018

Qui sait?

Était-ce une épreuve? Était-ce une leçon? Ou était-ce un pont… entre moi et moi…
J’étais jeune, naïve, étourdie, mal assise, sans cesse à me dire « je devrais ».
Je savais ce que je voulais.
Je ne savais pas comment faire.

Était-ce une épreuve? Une leçon… comme je l’ai cru, à l’époque? Ou était-ce une opportunité? Pour me réveiller, me relever, cesser de me dire « je devrais » et enfin, faire.

Je savais ce que je valais. Je savais qui j’étais. Lui, il ne le savait pas. Lui, il n’était rien.

Pourquoi a-t-il voulu me reparler? « J’veux te parler… »
J’ai refusé. Les frissons me parcourant le corps, j’ai tourné le dos. Jamais je ne lui reparlerais. La honte m’envahissait en croisant son regard. La colère m’inondait sans que je ne puisse rien faire, car il avait gagné. C’est la dernière fois que je l’ai vu.

Parfois j’aimerais revenir à ce moment et… là, devant ses amis, crier la vérité, le confronter à ses gestes, me tenir debout, solide, peu importe ce qu’il dirait, peu importe son sourire et ses mensonges, me tenir droite.

Que voulait-il me dire? Aujourd’hui, je me pose la question…
Et s’il était devant moi, maintenant, que me dirait-il?

Moi, j’en aurais des questions pour lui…
– Pourquoi m’as-tu fait ça?
– Pourquoi moi?
– Regrette-tu? Dis-moi?

Était-ce une épreuve? Une leçon? Un accident de parcours?
Était-ce un nouveau chemin, un signe de Dieu, une porte qui s’ouvre?
Un signe pour me dire que je vaux plus que ça… Que je mérite le meilleur de la vie…

En larmes dans mon lit, à me sentir souillée comme il est impossible d’imaginer, à le détester plus que tout au monde, à vouloir mourir de honte, j’ai repris vie. J’ai ouvert les yeux. J’ai décidé de me relever. Et cesser de dire « je devrais ».

Jamais je ne saurai si cela était nécessaire. Jamais je ne saurai si on appelle cela le destin.
Mais il y a une chose que je sais aujourd’hui, c’est que je valais plus que ça. Il me l’a fait comprendre ce soir-là.

Peut-être puis-je le remercier pour une chose… En s’appropriant mon intégrité, il m’a ouvert les yeux sur ma dignité. Je suis un être humain, merveilleux, talentueux, intelligent. J’ai réalisé à ce moment-là, à quel point je suis un être qu’on doit respecter.

Je suis une fille parmi tant d’autres. Qu’on a pris de force.
Je suis une fille qui a survécu.
Je suis une femme qui se tient debout. Qui a tout ce qu’elle désire dans la vie.

Parce que je suis forte.

Au bout du compte, peut-être est-ce lui la victime?
Victime de sa propre faiblesse…
Victime de sa détresse.

Tiens bon…

  • – Quelle année terrible, n‘est-ce pas?
  • – Je n’en reviens pas… J’ai l’impression de sortir d’un cauchemar…
  • – Oui, c’est pas mal ça, en effet.
  • – Je ne comprends pas… pourtant, je suis forte! J’avais pris l’habitude de ne pas tomber…
  • – Oui, mais là, c’était trop intense, tu le sais.
  • – Peut-être. Je n’ai pas été assez forte cette fois-ci…
  • – Non, ne le vois pas comme ça, tu as toujours été forte, moi aussi d’ailleurs, mais là, c’était trop. On le savait que c’était un jour pour arriver. On ne s’attendait juste pas à ce tsunami.
  • – Tu le dis… Quel torrent. Comment tenir bon? La force psychologique est parfois insuffisante.
  • – Oui, et on en est la preuve vivante. Les bonnes intentions, les belles paroles, les pensées positives, les respirations calmes, les relaxations, tout ça… tout ça ne fonctionnait plus.
  • – Comment peut-on expliquer ce qu’on a vécu? C’est impossible!
  • – En effet, c’est impossible. Ce n’est pas qu’on n’essaie pas! On tente de l’exprimer, de le faire comprendre… c’est difficile. C’est comme s’il manquait des mots… des structures de phrases… Mais peut-être que certaines personnes comprennent, tu sais. Il y en a peut-être qui comprennent…
  • – J’imagine. En fait, j’en suis certaine. On ne peut pas être seules! C’est impossible! Dis-moi que c’est impossible…
  • – C’est clairement impossible… enfin, j’ose espérer. Ce qu’on vit toi et moi, ça ne peut pas être isolé! On n’est pas folles tout de même…
  • – Des fois j’ai peur tu sais… peur que tout cela ne nous nuise. Ce n’est pas pour rien qu’on avait oublié ça! On savait que c’était dangereux! Et là… trop tard.
  • – Ça ne nous nuira pas. On va être encore fortes, tu vas voir. On l’a toujours été, on le sera encore.
  • – Tu crois? Tu es toujours une battante, tu n’as pas changé…
  • – Et toi, tu es toujours aussi intuitive et sensible. Ensemble, on a surmonté tout ça. Tu imagines! On a réussi à survivre dans cette tempête.
  • – Parfois, j’ai encore mal.
  • – Parfois, j’ai encore peur…
  • – Mais on va guérir, n’est-ce pas?
  • – Oui! C’est évident! On fera tout en notre pouvoir! On prendra tous les moyens! Je ne te laisserai pas tomber, t’inquiète…
  • – Je ne m’inquiète pas, je sais que tu m’aideras toujours.
  • – On aura beaucoup appris! Tant de choses! Tant de facettes de l’humain! On aura la connaissance intérieure… Je le vois comme une richesse.
  • – Tu dis ça parce qu’aujourd’hui, tu vas bien.
  • – C’est vrai. Mais je suis comme ça, tu le sais. J’ai besoin de voir ce que les épreuves peuvent m’apporter.
  • – Sauf que cette épreuve, on ne la voulait plus. On ne la voulait pas. On a tout fait pour l’enterrer. Est-ce que c’était vraiment nécessaire de déterrer ça?
  • – Mais oui! On n’avait pas le choix. Souviens-toi comment tu avais mal. Souviens-toi cette tristesse qui te grugeait depuis toutes ces années. Et moi, j’essayais de comprendre, de t’aider… mais tu ne voulais pas parler…
  • – Cette blessure-là… c’est trop horrible. Est-ce qu’on s’en remet vraiment? Le silence, c’était ma seule possibilité pour souffrir le moins possible.
  • – Oui, je comprends. Tu as tout fait pour nous protéger. Tu as pris la meilleure décision. Maintenant, on peut s’en occuper. Toi, tu pourras enfin te libérer. Moi, je pourrai enfin me relever.
  • – Je ne pensais pas que ce serait si difficile, si intense…
  • – Si incontrôlable…
  • – Alors, on continu d’avancer?
  • – Oui, on avance! On ne reculera plus… plus jamais! Parce qu’on mérite le meilleur, parce qu’on n’est pas seules, parce qu’on parle pour tellement d’autres!
  • – Et si jamais je pleure encore?
  • – Je te consolerai, comme d’habitude.
  • – Plus jamais je ne me sentirai coupable…
  • – Et moi, j’accepte d’être parfois vulnérable.

La tentative

Il y a de plus en plus de ces journées, celles où l’on revient dans le présent. Enfin…
Quel tourbillon que cette horreur! Pourquoi vivre une chute de cette ampleur?
Respirer, trouver l’énergie, revenir dans la réalité, oublier le passé.
Finalement, peut-être que tout cela est terminé? Non, je le sais…

J’ai décidé d’accepter ces émotions qui arrivent subitement, irrationnellement.
J’ai décidé de les ressentir lorsqu’elles veulent sortir. J’ai décidé de baisser les bras, je crois.

Un moment nécessaire, une pause essentielle, un arrêt pour mieux avancer.
Le jour, c’est plus facile. Je m’accroche à ce que j’ai, aux gens que j’aime.
La nuit, c’est différent. Je me réveille avec ces terribles sentiments. Mais je sais, tout cela est normal. Je dois l’accepter maintenant.

L’autre jour, j’ai dit à ma fille « Je vais bien, tu ne trouves pas? Peut-être que finalement, j’aurais pu commencer la rentrée! »
Et elle m’a répondu aussitôt : « Maman, tu oublies vendredi dernier, tu as passé la journée couchée… et mardi, quand tu as appelé papa parce que tu étais en voiture et que tu n’arrivais plus à conduire… »
Oui, la réalité, on a tendance à l’oublier vite. Quand les belles journées se pointent le bout du nez, on croit que tout est terminé, qu’on est enfin guérie! Me donner le temps, c’est ce que je dois faire.

Il est surprenant de réaliser à quel point le corps doit se débarrasser des émotions refoulées. Et ce ne sont pas que les émotions vécues lors du trauma, mais celles qui nous ont suivi pendant toutes ces années. Ces nuits où je me réveillais, pensant que je devenais folle. Ces virées interminables dans les transports en commun où je devais gérer mon anxiété. Ces soirées, seule, à regarder la télévision avec la tristesse profonde comme je ne l’ai jamais vécue. Toutes ces émotions reliées au trauma, toutes ces sensations corporelles figées en moi, je dois les laisser m’envahir pour enfin, m’en débarrasser. Je dois les affronter.

J’accepte. J’accepte que ce soit arrivé. Je n’ai pas vraiment le choix.  Je dis cela aujourd’hui en sachant que demain, je ne l’accepterai peut-être pas. Et ça aussi je l’accepte.

J’accepte de m’en vouloir. J’accepte d’être parfois ridicule. J’accepte d’être impulsive et irrationnelle. J’accepte d’être complètement à côté de moi-même. J’accepte cette perte de contrôle incontrôlable… J’accepte d’être incapable de l’accepter…

J’accepte de replacer cela dans ma vie, même si j’ai fait tant d’efforts pour l’effacer et que j’avais réussi. Enfin, c’est ce que je croyais. J’accepte que cet événement ait modifié mon chemin. Parce que, au final, je suis exactement là où je voulais être.

J’accepte surtout le fait d’avoir été forte. Oui, aujourd’hui je tombe, parce que c’est épuisant être forte. Vingt ans à tenir bon, à garder la tête hors de l’eau, à vivre mes émotions en silence, à enfouir cette honte le plus loin possible, à ressentir cette colère tout en se croyant responsable, à tenter le plus possible de retrouver confiance. J’accepte que tout cela ait fait partie de ma vie… je n’ai pas le choix. Je le sais maintenant, j’ai passé vingt ans à ne pas l’accepter. Il est temps de voir la vérité en face.

C’est un processus. Aujourd’hui, je vais bien. Demain, ce sera peut-être différent. Mais j’accepte de prendre le temps. J’accepte le processus de guérison.

Guérir ne veut pas dire effacer. Maintenant, ça je le sais. Et je tente de l’accepter…

La perception

Tout est question de perception. Le traumatisme du viol vient modifier la perception que l’on a de soi-même. Cette perception demeure, même si le souvenir du trauma s’engouffre dans un coin oublié du cerveau. La perception vient aussi modifier ce que l’on croit que les gens pensent de nous. Tout est brouillé. Tout devient certitude, aucune question ne se pose. La victime n’a pas conscience que sa perception est fausse, qu’elle a été brisée par le trauma.

Cette perception vient du fait que l’on met la faute sur soi. Qu’on se sent responsable. Qu’on est persuadée d’être allé au bout de l’humiliation par sa propre faute. On a été utilisée, on a servi d’objet, on n’a pas à se plaindre. On a été « ça » dans le regard de quelqu’un. Il faut donc changer qui on est pour ne plus que cela ne se reproduise. Pour ne plus jamais être vue de cette façon, ne plus être considérée comme telle.

À partir de ce moment, l’identité personnelle est chamboulée. On ne s’aime plus, on veut se reconstruire, on veut être quelqu’un d’autre, ou du moins, retrouver à l’intérieur de soi qui on est vraiment. On s’accroche aux moments de bonheur que l’on peut vivre, et les moments de souffrance se font en silence, à l’abri des regards. On veut effacer à tout prix cette perception que l’on a de soi, alors on n’en parle pas. Que personne ne sache, c’est la seule façon qu’un jour, la souffrance puisse disparaître.

Pour fuir cette perception de soi-même, la victime changera de milieu, de cercle d’amis, de ville… Je me rends compte que c’est exactement ce que j’ai fait. Même après 20 ans, j’avais peur en silence de cet endroit qui me rappelait de mauvais souvenirs… qui me rappelait ce que j’avais été. Et même si cela faisait longtemps, même si j’étais plus loin physiquement, j’avais toujours peur que ce passé ne me rattrape. Que l’on découvre ce que j’avais été. Cette perception me suivait, toujours.

Certaines choses que l’on voit ou entend nous rappelle cette perception que l’on a de soi-même et la douleur est intense. Lorsque je voyais à la télévision des femmes-objets, utilisées, des prostituées, des danseuses nues, n’importe quoi se rapprochant de l’image de la femme soumise à l’homme (évidemment des scènes de viol), je tremblais, je me sentais concernée, j’avais envie de vomir, j’avais honte, j’avais peur… et tout cela, même si je ne me souvenais plus du trauma. Le corps émotif se rappelle du viol. Le cerveau n’a pas accès aux images car il nous protège de cette souffrance. Mais la perception reste en nous. C’est pourquoi il y a des résonnances lorsque l’on voit des images ou qu’on entend des mots.

La perception est une saleté sur une période précise de la vie. Elle nous fait sentir comme un imposteur. On a le sentiment que l’on cache quelque chose aux gens qui nous aiment. On croit que le temps aidera, que ça s’estompera… mais ce n’est pas le cas. Le temps n’a aucune importance. « Le temps arrange les choses », cela ne s’applique pas dans ce cas-ci. Et on sait qu’un jour, on devra y travailler, faire quelque chose pour guérir cette perception, ou du moins faire la paix avec celle-ci.

Lorsque la vérité explose, c’est tout un monde qui s’écroule. Bien entendu, c’est un monde malheureux et néfaste qui meurt, et cela est tant mieux! Car cette perception est lourde à porter, la douleur est insoutenable. Par contre, si cette prison s’effondre, il n’est pas nécessairement facile de se relever rapidement. Surtout lorsque cela fait plusieurs années que cette perception nous suit. Il y a des journées où on se sent libérée, et d’autres où la perception vient nous envahir à nouveau, persuadée qu’on ne s’en sortira jamais.

Remettre les morceaux en place, faire face à la réalité, retrouver le souvenir, faire du sens, comprendre, revivre, souffrir à nouveau, tout cela fait partie du processus pour guérir de la perception handicapante. Renouer avec le traumatisme, c’est un choc épouvantable. Par contre, cela est nécessaire pour comprendre l’impact sur la perception.

Il est frustrant de réaliser les dommages que cela a causés au fil de toutes ces années. Dommages psychologiques, physiques, sociales, émotionnelles… Évidemment, la colère s’empare de nous lorsque l’on comprend tout le tort causé par l’événement. Et cette colère est saine, car enfin, elle n’est plus dirigée vers soi-même. La honte se transforme en colère contre l’autre et c’est libérateur. Si certains croient que la colère est néfaste, je crois qu’elle est essentielle dans le processus de guérison. Elle a sa place légitime pour se débarrasser du sentiment de culpabilité. Le coupable, c’est l’agresseur. Cette colère que l’on a enfouie doit sortir, s’exprimer. La culpabilité ne nous appartient plus. Il faut s’en débarrasser. Et la colère aide à reformuler la perception de soi. Elle ne doit plus être refoulée, elle doit être extériorisée. C’est pourquoi certaines victimes décident de porter plainte, même si cela fait plusieurs années, même si le processus judiciaire ne va pas plus loin. Mais porter plainte n’est pas synonyme de guérison, aucunement. Il est un élément parmi tant d’autres et il n’est pas essentiel pour tout le monde.

Ce n’est pas seulement en comprenant le traumatisme que tout s’efface. Ce n’est pas aussi magique. La perception est imprégnée dans le corps et dans l’âme. Il faut se donner le temps pour vivre toutes les émotions refoulées. Le trauma doit sortir de sa cachette et reprendre sa place dans le cerveau, dans son histoire personnelle. Parfois, on refuse, on ne veut pas y croire, on ne veut pas replacer l’événement dans sa vie. D’autres fois, on déprime, on a mal, la perception vient nous gruger encore, on rechute. Le lendemain, on se relève, on est une battante, on a survécu à ça, on se trouve forte d’avoir gardé la tête hors de l’eau et d’avoir réussi sa vie, d’avoir été capable de se protéger. Ce sont les montagnes russes de la prise de conscience.

On ne se doute pas à quel point un viol vient transformer la vie de la victime. Les impacts que cet événement peut avoir. Peut-être qu’un jour, on considérera ce crime pour ce qu’il est vraiment : un meurtre. Rien de moins. Le viol vient tuer qui on est. Il vient modifier le chemin. Il vient transformer l’image que l’on a de soi-même. Il tue notre monde, notre innocence, notre joie simple et facile, notre confiance. Le viol, c’est le meurtre symbolique et psychologique de la perception de soi.

Survivre

Survivre. Survivre à l’intolérable, à l’inconcevable. Survivre à la douleur sans fin, à la destruction de soi, à l’humiliation suprême. Survivre malgré le froid dans le corps, ce froid de la mort. L’instinct de survie qui surgie, cette force extraordinaire qui nous envahie d’un coup, lorsque nous sommes à notre plus bas. Les larmes qui cessent de tomber, le dos qui se redresse, la tête qui se soulève. Décider consciemment d’oublier. Refuser d’inclure ce moment dans sa vie. Se promettre que plus jamais cela ne se reproduise. Plus jamais! Ne pas tomber, surtout pas à cause de lui! Seule justice possible… ne pas tomber. Se promettre de tout faire pour réussir sa vie, se promettre de tout balayer ce passé, se jurer d’être forte et de ne plus pleurer… ne plus pleurer.

Faire comme si ce n’était jamais arrivé. Chasser les images lorsqu’elles surgissent. Lutter contre une partie de soi qui est brisée. Refuser cette brisure. Refuser cette cassure. La seule façon de ne pas le laisser gagner. La seule façon de crier à l’injustice. Le silence qui hurle la vérité.

Ne plus être la même. Avancer différemment. Vouloir être quelqu’un d’autre. Chercher le bonheur. Ne plus trop savoir comment. Le chercher quand même. Le chercher à l’extérieur de soi. Ne plus vouloir regarder à l’intérieur. Cet intérieur qui tue. Cet intérieur que je ne voulais plus.

Se nourrir de lecture, d’apprentissage, d’objectifs pour le futur et de phrases positives pour traverser le passage. Vivre dans un monde parallèle, ne pas trop s’affirmer, ne pas voir ce qui fait mal, accepter. Fermer les yeux sur les blessures, sur l’inacceptable, pour ne pas dévier de la route, ne pas perdre de vue l’objectif tant attendu.

S’étourdir pour moins souffrir. Un peu trop souvent. Tout le temps. Ne plus pouvoir faire autrement. Lutter contre cette anxiété qui fait partie de soi. Se sentir responsable d’être incapable de la chasser. Trouver des moyens, tant bien que mal, pour calmer ces moments de panique, ce sentiment de n’être rien, d’être vide, d’être pathétique. Ne pas être en mesure de s’aimer, de retrouver cette confiance jadis présente. L’attendre, en vain.

Contrôler ses émotions. Ne pas vouloir les ressentir. Ne pas les montrer. Avoir l’habitude de les cacher. Cette douleur qu’on a mis tant de mal à refouler. Ravaler ses larmes, toujours. Ne pas révéler sa faiblesse. Pour se protéger. Pour continuer d’être forte. Pour ne pas tomber. Être fidèle à sa promesse. Ne pas écouter sa colère. Ne pas entendre sa tristesse. Faire semblant qu’on n’a pas peur. Faire semblant, tellement.

Garder l’objectif en tête. Toujours chercher à l’extérieur de soi ce qui guérira. Avoir des victoires, sourire de nouveau, s’aimer un peu, dans un regard de tendresse, qui nous fait peur sans le vouloir. La méfiance qui nous suit, malheureusement. Qui prend du temps à s’évanouir. Une lutte sans fin.

Effacer le passé, enfin. Avoir réussi à mettre un mur. Atteindre l’objectif après tout ce temps. Regarder le ciel et être cent fois reconnaissante. Avoir l’impression de ne pas mériter tout cela. Se considérer la plus chanceuse du monde. Aimer sa vie, finalement. Ne pas regarder derrière. Ce passé qui nous lève le cœur. Se dire qu’un jour, peut-être, on s’occupera de ça, quand sonnera l’heure. Pas maintenant. Profiter du bonheur. Cette merveilleuse douceur.

Et un jour, décider consciemment de se souvenir. Briser le mur, subir le choc, tomber dans le gouffre, souffrir à nouveau. Et vouloir guérir. Réparer, enfin, son intérieur. Laisser jaillir les émotions si longtemps maîtrisées. Pour ne plus avoir à survivre. Pour pouvoir, enfin, vivre.