Tiens bon…

  • – Quelle année terrible, n‘est-ce pas?
  • – Je n’en reviens pas… J’ai l’impression de sortir d’un cauchemar…
  • – Oui, c’est pas mal ça, en effet.
  • – Je ne comprends pas… pourtant, je suis forte! J’avais pris l’habitude de ne pas tomber…
  • – Oui, mais là, c’était trop intense, tu le sais.
  • – Peut-être. Je n’ai pas été assez forte cette fois-ci…
  • – Non, ne le vois pas comme ça, tu as toujours été forte, moi aussi d’ailleurs, mais là, c’était trop. On le savait que c’était un jour pour arriver. On ne s’attendait juste pas à ce tsunami.
  • – Tu le dis… Quel torrent. Comment tenir bon? La force psychologique est parfois insuffisante.
  • – Oui, et on en est la preuve vivante. Les bonnes intentions, les belles paroles, les pensées positives, les respirations calmes, les relaxations, tout ça… tout ça ne fonctionnait plus.
  • – Comment peut-on expliquer ce qu’on a vécu? C’est impossible!
  • – En effet, c’est impossible. Ce n’est pas qu’on n’essaie pas! On tente de l’exprimer, de le faire comprendre… c’est difficile. C’est comme s’il manquait des mots… des structures de phrases… Mais peut-être que certaines personnes comprennent, tu sais. Il y en a peut-être qui comprennent…
  • – J’imagine. En fait, j’en suis certaine. On ne peut pas être seules! C’est impossible! Dis-moi que c’est impossible…
  • – C’est clairement impossible… enfin, j’ose espérer. Ce qu’on vit toi et moi, ça ne peut pas être isolé! On n’est pas folles tout de même…
  • – Des fois j’ai peur tu sais… peur que tout cela ne nous nuise. Ce n’est pas pour rien qu’on avait oublié ça! On savait que c’était dangereux! Et là… trop tard.
  • – Ça ne nous nuira pas. On va être encore fortes, tu vas voir. On l’a toujours été, on le sera encore.
  • – Tu crois? Tu es toujours une battante, tu n’as pas changé…
  • – Et toi, tu es toujours aussi intuitive et sensible. Ensemble, on a surmonté tout ça. Tu imagines! On a réussi à survivre dans cette tempête.
  • – Parfois, j’ai encore mal.
  • – Parfois, j’ai encore peur…
  • – Mais on va guérir, n’est-ce pas?
  • – Oui! C’est évident! On fera tout en notre pouvoir! On prendra tous les moyens! Je ne te laisserai pas tomber, t’inquiète…
  • – Je ne m’inquiète pas, je sais que tu m’aideras toujours.
  • – On aura beaucoup appris! Tant de choses! Tant de facettes de l’humain! On aura la connaissance intérieure… Je le vois comme une richesse.
  • – Tu dis ça parce qu’aujourd’hui, tu vas bien.
  • – C’est vrai. Mais je suis comme ça, tu le sais. J’ai besoin de voir ce que les épreuves peuvent m’apporter.
  • – Sauf que cette épreuve, on ne la voulait plus. On ne la voulait pas. On a tout fait pour l’enterrer. Est-ce que c’était vraiment nécessaire de déterrer ça?
  • – Mais oui! On n’avait pas le choix. Souviens-toi comment tu avais mal. Souviens-toi cette tristesse qui te grugeait depuis toutes ces années. Et moi, j’essayais de comprendre, de t’aider… mais tu ne voulais pas parler…
  • – Cette blessure-là… c’est trop horrible. Est-ce qu’on s’en remet vraiment? Le silence, c’était ma seule possibilité pour souffrir le moins possible.
  • – Oui, je comprends. Tu as tout fait pour nous protéger. Tu as pris la meilleure décision. Maintenant, on peut s’en occuper. Toi, tu pourras enfin te libérer. Moi, je pourrai enfin me relever.
  • – Je ne pensais pas que ce serait si difficile, si intense…
  • – Si incontrôlable…
  • – Alors, on continu d’avancer?
  • – Oui, on avance! On ne reculera plus… plus jamais! Parce qu’on mérite le meilleur, parce qu’on n’est pas seules, parce qu’on parle pour tellement d’autres!
  • – Et si jamais je pleure encore?
  • – Je te consolerai, comme d’habitude.
  • – Plus jamais je ne me sentirai coupable…
  • – Et moi, j’accepte d’être parfois vulnérable.

La tentative

Il y a de plus en plus de ces journées, celles où l’on revient dans le présent. Enfin…
Quel tourbillon que cette horreur! Pourquoi vivre une chute de cette ampleur?
Respirer, trouver l’énergie, revenir dans la réalité, oublier le passé.
Finalement, peut-être que tout cela est terminé? Non, je le sais…

J’ai décidé d’accepter ces émotions qui arrivent subitement, irrationnellement.
J’ai décidé de les ressentir lorsqu’elles veulent sortir. J’ai décidé de baisser les bras, je crois.

Un moment nécessaire, une pause essentielle, un arrêt pour mieux avancer.
Le jour, c’est plus facile. Je m’accroche à ce que j’ai, aux gens que j’aime.
La nuit, c’est différent. Je me réveille avec ces terribles sentiments. Mais je sais, tout cela est normal. Je dois l’accepter maintenant.

L’autre jour, j’ai dit à ma fille « Je vais bien, tu ne trouves pas? Peut-être que finalement, j’aurais pu commencer la rentrée! »
Et elle m’a répondu aussitôt : « Maman, tu oublies vendredi dernier, tu as passé la journée couchée… et mardi, quand tu as appelé papa parce que tu étais en voiture et que tu n’arrivais plus à conduire… »
Oui, la réalité, on a tendance à l’oublier vite. Quand les belles journées se pointent le bout du nez, on croit que tout est terminé, qu’on est enfin guérie! Me donner le temps, c’est ce que je dois faire.

Il est surprenant de réaliser à quel point le corps doit se débarrasser des émotions refoulées. Et ce ne sont pas que les émotions vécues lors du trauma, mais celles qui nous ont suivi pendant toutes ces années. Ces nuits où je me réveillais, pensant que je devenais folle. Ces virées interminables dans les transports en commun où je devais gérer mon anxiété. Ces soirées, seule, à regarder la télévision avec la tristesse profonde comme je ne l’ai jamais vécue. Toutes ces émotions reliées au trauma, toutes ces sensations corporelles figées en moi, je dois les laisser m’envahir pour enfin, m’en débarrasser. Je dois les affronter.

J’accepte. J’accepte que ce soit arrivé. Je n’ai pas vraiment le choix.  Je dis cela aujourd’hui en sachant que demain, je ne l’accepterai peut-être pas. Et ça aussi je l’accepte.

J’accepte de m’en vouloir. J’accepte d’être parfois ridicule. J’accepte d’être impulsive et irrationnelle. J’accepte d’être complètement à côté de moi-même. J’accepte cette perte de contrôle incontrôlable… J’accepte d’être incapable de l’accepter…

J’accepte de replacer cela dans ma vie, même si j’ai fait tant d’efforts pour l’effacer et que j’avais réussi. Enfin, c’est ce que je croyais. J’accepte que cet événement ait modifié mon chemin. Parce que, au final, je suis exactement là où je voulais être.

J’accepte surtout le fait d’avoir été forte. Oui, aujourd’hui je tombe, parce que c’est épuisant être forte. Vingt ans à tenir bon, à garder la tête hors de l’eau, à vivre mes émotions en silence, à enfouir cette honte le plus loin possible, à ressentir cette colère tout en se croyant responsable, à tenter le plus possible de retrouver confiance. J’accepte que tout cela ait fait partie de ma vie… je n’ai pas le choix. Je le sais maintenant, j’ai passé vingt ans à ne pas l’accepter. Il est temps de voir la vérité en face.

C’est un processus. Aujourd’hui, je vais bien. Demain, ce sera peut-être différent. Mais j’accepte de prendre le temps. J’accepte le processus de guérison.

Guérir ne veut pas dire effacer. Maintenant, ça je le sais. Et je tente de l’accepter…

Survivre

Survivre. Survivre à l’intolérable, à l’inconcevable. Survivre à la douleur sans fin, à la destruction de soi, à l’humiliation suprême. Survivre malgré le froid dans le corps, ce froid de la mort. L’instinct de survie qui surgie, cette force extraordinaire qui nous envahie d’un coup, lorsque nous sommes à notre plus bas. Les larmes qui cessent de tomber, le dos qui se redresse, la tête qui se soulève. Décider consciemment d’oublier. Refuser d’inclure ce moment dans sa vie. Se promettre que plus jamais cela ne se reproduise. Plus jamais! Ne pas tomber, surtout pas à cause de lui! Seule justice possible… ne pas tomber. Se promettre de tout faire pour réussir sa vie, se promettre de tout balayer ce passé, se jurer d’être forte et de ne plus pleurer… ne plus pleurer.

Faire comme si ce n’était jamais arrivé. Chasser les images lorsqu’elles surgissent. Lutter contre une partie de soi qui est brisée. Refuser cette brisure. Refuser cette cassure. La seule façon de ne pas le laisser gagner. La seule façon de crier à l’injustice. Le silence qui hurle la vérité.

Ne plus être la même. Avancer différemment. Vouloir être quelqu’un d’autre. Chercher le bonheur. Ne plus trop savoir comment. Le chercher quand même. Le chercher à l’extérieur de soi. Ne plus vouloir regarder à l’intérieur. Cet intérieur qui tue. Cet intérieur que je ne voulais plus.

Se nourrir de lecture, d’apprentissage, d’objectifs pour le futur et de phrases positives pour traverser le passage. Vivre dans un monde parallèle, ne pas trop s’affirmer, ne pas voir ce qui fait mal, accepter. Fermer les yeux sur les blessures, sur l’inacceptable, pour ne pas dévier de la route, ne pas perdre de vue l’objectif tant attendu.

S’étourdir pour moins souffrir. Un peu trop souvent. Tout le temps. Ne plus pouvoir faire autrement. Lutter contre cette anxiété qui fait partie de soi. Se sentir responsable d’être incapable de la chasser. Trouver des moyens, tant bien que mal, pour calmer ces moments de panique, ce sentiment de n’être rien, d’être vide, d’être pathétique. Ne pas être en mesure de s’aimer, de retrouver cette confiance jadis présente. L’attendre, en vain.

Contrôler ses émotions. Ne pas vouloir les ressentir. Ne pas les montrer. Avoir l’habitude de les cacher. Cette douleur qu’on a mis tant de mal à refouler. Ravaler ses larmes, toujours. Ne pas révéler sa faiblesse. Pour se protéger. Pour continuer d’être forte. Pour ne pas tomber. Être fidèle à sa promesse. Ne pas écouter sa colère. Ne pas entendre sa tristesse. Faire semblant qu’on n’a pas peur. Faire semblant, tellement.

Garder l’objectif en tête. Toujours chercher à l’extérieur de soi ce qui guérira. Avoir des victoires, sourire de nouveau, s’aimer un peu, dans un regard de tendresse, qui nous fait peur sans le vouloir. La méfiance qui nous suit, malheureusement. Qui prend du temps à s’évanouir. Une lutte sans fin.

Effacer le passé, enfin. Avoir réussi à mettre un mur. Atteindre l’objectif après tout ce temps. Regarder le ciel et être cent fois reconnaissante. Avoir l’impression de ne pas mériter tout cela. Se considérer la plus chanceuse du monde. Aimer sa vie, finalement. Ne pas regarder derrière. Ce passé qui nous lève le cœur. Se dire qu’un jour, peut-être, on s’occupera de ça, quand sonnera l’heure. Pas maintenant. Profiter du bonheur. Cette merveilleuse douceur.

Et un jour, décider consciemment de se souvenir. Briser le mur, subir le choc, tomber dans le gouffre, souffrir à nouveau. Et vouloir guérir. Réparer, enfin, son intérieur. Laisser jaillir les émotions si longtemps maîtrisées. Pour ne plus avoir à survivre. Pour pouvoir, enfin, vivre.

Reprendre son pouvoir… au féminin!

La musicothérapie, vous connaissez? Moi, je connais ça depuis ma petite enfance. Le jour où mon père m’a offert ses 45 tours, j’avais environ 5 ans. Depuis, la musique fait partie de ma vie, me rassure, me donne du courage, me replonge dans le passé et me donne la force pour affronter l’avenir. Depuis le début de mon choc post traumatique, j’ai repris contact avec elle de façon intensive.

Mon médecin m’a dit un jour « tu dois faire quelque chose pour sortir ta colère. » Elle avait tellement raison… Elle m’a suggérée de faire du sport pour extérioriser cette émotion qui me rongeait de l’intérieur. Du sport? Moi? Heeeee… on fait ça comment?

Alors, j’ai commencé à m’entraîner. J’ai inventé mes propres chorégraphies d’entraînement, en utilisant des mouvements que j’appréciais, qui ne me rebutaient pas trop. Rien de pire que de se dire « ah non, pas ce mouvement de merde… » Ainsi, je me suis mise à m’entraîner à tous les jours, sans effort! Pour moi, c’était du jamais vu!

Et surtout, je me suis créé une « playlist » de chansons qui me donnent de la motivation, du pouvoir, de la force, qui font sortir ma rage! La musique, c’est la clé! Je me suis laissé inspirer par ces chansons pour créer mes mouvements de mise en forme.

Je vous partage donc quelques-unes de ces chansons qui m’ont motivée à reprendre mon pouvoir!

Christina Aguilera
Je n’étais pas une adepte de cette chanteuse, mais lorsque je suis tombée sur cette chanson, ça me parlait tellement! Je l’ai écoutée en boucle, je la chantais à tue-tête! Elle exprime tellement bien le sentiment que je vivais.
Fighter

Katy Perry
Rise
Une chanson qui donne du courage et de la détermination. Malgré les coups durs.

Roar
J’adore cette énergie et cette puissance! Oui les filles, on peut nous entendre rugir!!!

David Guetta (Sia)
Titanium
Rien ne peut vous abattre! Vous êtes indestructibles!

Destiny’s child
Survivor
Un classique, mais tellement parfait pour s’entraîner et tout donner! Parce qu’on est des survivantes!

No dout
It’s my life
Vous avez du pouvoir sur votre vie, ne laissez personne vous laisser penser le contraire! C’est VOTRE vie!

Pink
J’adore Pink! Elle a une façon de crier sa colère! Je n’écoutais pas tant ses chansons auparavant. Mais depuis que j’ai appris à sortir ma frustration, Pink m’aide beaucoup! Voici une des chansons parmi tant d’autres dans laquelle elle hurle sa colère!
So What

 

Évidemment, il y en tellement d’autres!!! Ce ne sont ici que quelques exemples!

Girl power!!!!