Les lits de mes enfants

Quand je fais les lits de mes enfants, il est là mon bonheur. J’en profite pour regarder les lieux, observer les jouets qui traînent, les livres éparpillés, les petits vêtements témoins de leur existence. Quand je fais les lits de mes enfants, mes pieds sont ancrés dans le présent.

Je regarde par la fenêtre, je vois la cour, le quartier. Je me souviens, il y a 3 ans lorsque nous sommes déménagés. J’étais si heureuse, j’aimais tant cette maison. Elle était parfaite pour notre famille. Je savais que nous avions trouvé notre nid idéal. Je le pense encore aujourd’hui. Alors, quand je fais les lits de mes enfants, j’ai toujours une pensée pour ce moment où nous l’avons visitée et que nous avons eu un véritable coup de cœur. Ici serait notre vie.

Je ne sais pas si je pourrais survivre à mes tourments intérieurs si je n’avais pas autour de moi ce bonheur bien réel. Je ne sais pas si j’arriverais à m’accrocher si je n’avais pas cet amour qui me permet de respirer. En fait, je ne crois pas que je me serais permise de plonger et de faire face à cette tempête, si je n’avais pas eu ces gens qui me tiennent la main pour ne pas que je sombre. J’aurais probablement continué à trainer ce mal en moi, comme plusieurs doivent le faire parce qu’ils n’ont pas un plancher solide sous leur pied.

Parfois, lorsque je vais bien, je me demande si tout cela, ce n’est pas exagéré. Parfois, je me demande si je n’en fais pas une montagne. Je me juge. Je me dis que vraiment, je n’ai pas à me plaindre, j’ai la belle vie, tout ce que je désire. Ça suffit, on n’y pense plus et on tourne la page. Ce n’est pas si compliqué! Mais ça, je me le dis quand je vais bien.

Quand je me réveille le matin et que les images me frappent, mon monde réel n’a plus vraiment d’importance. Quand je suis plongée vingt ans en arrière et que je souffre comme si j’étais en train de le vivre, tout ce que j’ai construit se déconstruit. Mais avec le temps, cela m’arrive moins souvent. Rien à voir avec la période que j’ai vécue dernièrement et qui m’a fait visiter les endroits les plus sombres du monde traumatique. J’ai ce sentiment que le pire est derrière moi. Enfin, je l’espère. Enfin, je refuse de croire le contraire.

Quand je fais les lits de mes enfants, je reviens dans le présent. Un sourire apparaît sur mon visage. Celui que j’avais oublié. Celui qui m’avait quittée et je croyais avoir perdu pour toujours. C’est là qu’il refait surface, qu’il revient me visiter, qu’il apaise ma douleur. C’est à ce moment que j’ai la conviction que pendant toutes ces années, j’ai été forte. J’ai toujours été forte. J’ai refusé pendant trop longtemps ce qui m’était arrivé. Comme si l’accepter ne m’aurait pas permis d’avancer. Et pourtant. C’était à l’intérieur de moi, malgré cela. C’est juste que je n’en parlais pas. Mais je ne m’en veux pas. C’était une question de survie. J’ai tout cela à comprendre. Je dois me comprendre. Ça, ce chemin-là, il n’est pas terminé. J’ai encore beaucoup de choses à réaliser, à accepter, à digérer. Petit à petit, je laisse tomber des perceptions, des douleurs, des certitudes que j’ai accumulées et qui n’étaient qu’illusions. Mais j’ai été forte, car ces illusions n’ont pas réussi à m’arrêter.

Quand je fais les lits de mes enfants, je ressens tout l’amour que j’ai. L’amour pour les miens. Et aussi, l’amour pour moi-même. J’ai de la valeur. J’en ai la certitude. Je suis une personne bien, importante, signifiante. Quand j’observe leurs artefacts qui jonchent le plancher et les petits bureaux, quand je replace les draps dans lesquels ils ont dormi en sécurité, quand je prends le temps de vivre ce doux moment précieux, j’ai la preuve de qui je suis réellement. J’ai la preuve que ce mal en moi n’a pas gagné. L’amour a gagné.

Le pardon?

La colère. Vous connaissez? La colère… provient du sentiment d’injustice. « Tu n’as pas le droit ». Quand cette phrase envahie votre esprit, mais que vous ne pouvez rien faire. Quand il est là, à faire ce qu’il veut, et que vous êtes impuissante. Vous connaissez? Moi je connais…

Je sais que vous connaissez…

Quand on me dit « un jour tu pardonneras… »

Comment vous dire…

Non!!! Je ne veux pas pardonner! Parce que pardonner, c’est la dernière chose dont j’ai besoin! Pardonner, c’est dire qu’il avait ses raisons, que je peux l’excuser! Pardonner… c’est dire que je ne suis pas grand-chose… C’est dire que ce n’était pas si grave… C’est refouler encore ma colère, qui selon moi, est justifiée! N’a-t-elle pas sa raison d’être?

Le pardon est à la mode. Si l’on veut se libérer, se soulager, on doit pardonner. Est-ce si nécessaire pour trouver le bonheur? Sans pardon, aucune libération? Vraiment?

Un jour, je me sentais mal de ne pas être capable de pardonner. J’en ai parlé à ma sœur. Et elle m’a si bien répondu :
« Pour pardonner, il faut qu’il y ait repentir. »
Tellement…

Le pardon rime avec mon sentiment de culpabilité. Ne demandez pas à quelqu’un qui se sent coupable, de pardonner!!! Ce qui m’appartient, m’appartient. Ce qui lui appartient, lui appartient. Point.

Femmes, telles que vous êtes…
Vous n’avez pas à pardonner. Vous n’y êtes pas obligées.
Vous avez le droit de dire « je n’accepte pas. Je ne suis pas d’accord. Je refuse. »

Le pardon… est-ce essentiel?

Le pardon… c’est culturel. Libérez-vous de cette prison. Une prison morale. Ce pardon si féminin qui nous donne l’impression d’être une bonne fille. D’être gentille. D’être juste…

Je te pardonne… j’accepte?
Non. Jamais.
Je n’accepterai jamais ce que tu as fait.
Je suis un être respectable.

Le pardon, il est pour moi. Je me pardonne d’avoir enfoui cette colère si longtemps. Je me pardonne d’être incapable de te pardonner…

L’EMDR : ma première expérience

En psychothérapie, cette technique est souvent utilisée pour traiter le stress post-traumatique. Il y a différentes approches qui peuvent être efficaces, mais celle-ci est largement répandue. De nature sceptique, je me suis prêtée au jeu sans avoir d’attente. J’avais lu auparavant sur le sujet pour comprendre un peu mieux le fonctionnement. En gros, l’EMDR est une technique inventée par une américaine qui réalisa qu’en utilisant le mouvement des yeux lors de la remémoration d’un souvenir, celui-ci devenait asymptomatique par la suite. C’est-à-dire que les émotions associées au souvenir se calmaient, voire disparaissaient. Il est à noter que le souvenir reste en mémoire, il ne s’efface pas. Mais celui-ci n’est plus douloureux. Il devient alors un souvenir banal parmi tous les autres. Ainsi, le stress post-traumatique peut s’atténuer et le processus de guérison est beaucoup plus rapide.

Puisque j’avais porté plainte et que j’étais en attente de l’appel du procureur, nous ne voulions pas travailler le souvenir qui cause problème. Pourquoi? Parce que lors du procès, si je suis insensible au souvenir, cela pourrait soulever un doute… horrible non? Telle est la justice encore, en 2018. Bref, nous avons convenu pour commencer, de nous attarder plutôt sur un souvenir de mon enfance qui m’avait marqué. En même temps, cela serait moins brutal que de prendre de front le souvenir traumatique. On irait de façon graduelle pour voir comment je réagirais.

Sceptique. Vraiment sceptique. Je suis dans le bureau avec ma psychothérapeute et nous débutons la séance. J’ai l’impression que ça ne me fera rien. On dirait que je n’y crois pas assez. Je dois plonger dans un souvenir de mon enfance. Un événement impliquant mes parents et ma sœur. La règle est simple, je dois errer dans mon souvenir, sans nécessairement qu’il y ait d’ordre chronologique, et parfois mon cerveau peu bifurquer sur d’autres souvenirs. Bref, laisser la mémoire aller là où elle veut, sans la contrôler. Ça, j’avoue, pour ça, je n’ai pas de problème. J’ai une bonne mémoire et j’aime plonger dans mes souvenirs. Pour moi, c’est comme un jeu.

J’ai des manettes dans les mains qui vibrent. À droite, à gauche, à droite… Ma psychothérapeute me dit que ça vient travailler les deux hémisphères du cerveau. Bon, pourquoi pas…

Je l’avoue, j’ai vraiment plongé dans le souvenir. Les vibrations des manettes ont comme un effet hypnotique. Et pourtant, je lui avais demandé de prime abord s’il s’agissait d’une technique ressemblant à l’hypnose. Elle m’a dit que non, ce n’est pas la même chose. Je n’ai jamais fait d’hypnose, mais j’avais l’impression d’être comme dans un rêve, de vraiment être dans le souvenir et surtout, de ressentir les émotions. J’ai redécouvert des émotions que j’avais lors de l’événement et que j’avais oubliées. Comme si je me disais « Ha oui! C’est vrai! C’est ce que je ressentais! »

La séance s’est terminée. Ma psychothérapeute m’a fortement suggéré de ne pas prendre de médicament pour dormir, pour que l’effet de l’EMDR puisse continuer. Mon médecin m’en avait parlé aussi. Il semblerait que l’effet de la thérapie continue dans les 24 heures qui suivent. Ça ne me dérangeait pas de ne pas prendre mes médicaments, puisqu’il m’arrivait à l’occasion de les laisser de côté, et ça se passait plutôt bien.

La soirée s’est bien déroulée. Je me suis couchée à la même heure que d’habitude. Pas de problème pour m’endormir.

Mais voilà. Je me suis réveillée en pleine nuit. Je devais écrire. Je devais absolument écrire ce que je vivais. C’était tellement insensé.

Voici donc un résumé de ce que j’ai écrit :

« Il est 3hrs AM. Je me suis réveillée. Cauchemar. Mais c’est quoi ce MAL? Que j’ai à l’intérieur? C’est horrible!!! J’ai fait l’EMDR hier pour la première fois. Je ne devais donc pas prendre de médicament pour dormir. Les rêves… ouf… ou plutôt les cauchemars…

Et je me suis réveillée en sursaut, avec le mal dans le corps, ça se dit pas. Et ça me fait encore mal. J’ai les bras engourdis. Ça me faisait ça avant. J’avais oublié à quel point je n’allais pas bien. Le médecin m’a demandé si ça me faisait peur lorsque je n’allais pas bien. Ça m’a surprise comme question. J’ai répondu « non, parce que je lis beaucoup sur le sujet et je sais que, ce que je ressens, c’est normal, que ça va passer, que je ne suis pas folle. » Désolée, mais ÇA, LÀ, ça me fait peur!!! J’ai vraiment peur d’être folle! C’est horrible. Je ne vais vraiment pas bien. Je suis malade. Mon cerveau a quelque chose. Je ne veux plus jamais dormir sans mes pilules. Je suis malade. J’ai mal. Il y a quelque chose dans ma tête, dans mon corps. Et ça me fait peur. Mes bras, c’est étrange. Ce que je ressens à l’intérieur de moi… j’ai peur. Ça me donne mal au cœur. »

Voici ce que j’ai noté dans mon journal le lendemain:

« Nuit horrible
Réveil à 3hrs AM
Cauchemars
Panique totale
J’ai l’impression de virer folle, ça me fait peur.

Matin très, très difficile. Je ne comprends rien. J’ai des vides. J’ai de la difficulté à faire les boites à lunch des enfants.

J’avais oublié le mal qui m’habite, c’est intense!

Les symptômes ont persisté toute la journée, sans arrêt :

  • Difficulté à écrire, à faire la vaisselle (je serre trop fort les objets)
  • Difficulté à parler, à trouver les mots, à les prononcer (comme si ma bouche était engourdie)
  • Ma mâchoire se serre
  • J’ai ce goût bizarre dans la bouche
  • Tremblements internes
  • Picotements dans les jambes et les pieds (spasmes)
  • Sensation étrange dans les bras
  • Cœur qui bat fort
  • Impression que mon cerveau est engourdi
  • Mal-être émotif, difficile à décrire
  • Étourdissements quand je me lève, marche
  • Moments vides où je ne comprends rien
  • Mal de cœur par moment
  • La lumière est intense, le son aussi
  • Je fais le saut à rien

Je n’ai rien fait de la journée. Assise ou couchée, je vis mon mal physique. J’essaie de relaxer, rien ne fonctionne.

Une image du viol surgit subitement, comme si ça voulait sortir. Pourtant, je ne pensais à aucun souvenir. La violence du viol. Mon impuissance. Ma tristesse profonde pendant qu’il s’amuse avec mon corps, avec violence.

Après le surgissement de l’image, mes tremblements se calment. Mais ça ne s’arrête pas complètement. Mais je sens qu’il y a un lien.

19h30 : je prends mes pilules. Je ne suis plus capable. »

Le lendemain, ça allait beaucoup mieux. Les symptômes se sont calmés.

Lorsque j’en ai parlé à ma psychothérapeute, elle a été très surprise. Ce genre de réaction est rare, mais normale dans les circonstances. Mon corps est trop prisonnier du traumatisme. Nous avons donc mis de côté cette technique pour l’instant. Nous utilisons une autre approche pour qu’éventuellement, l’EMDR soit possible.

J’ai encore de la difficulté à croire qu’un souvenir puisse agir de la sorte sur le corps physique. Le cerveau m’impressionne, me jette par terre.

J’ai hâte de pouvoir refaire l’EMDR, même si je suis un peu craintive, cela va de soi. Mais je veux guérir, je veux me libérer de ce poison!

Chaque personne réagit différemment. Moi qui croyais que ça ne me ferait rien…

Le souvenir qui s’inscrit

J’ai toujours eu besoin d’écrire.

Sauf après. Après que ce soit arrivé, j’ai décidé que je n’écrirais plus. En fait, je n’écrirais plus ce qui me rendait triste. Je n’écrirais plus mes états d’âme. J’écrirais seulement lorsque ça allait bien. Alors, étrangement, dans ce journal, après les pages déchirantes que j’ai écrites en état de choc, c’était la belle vie. Comme si rien ne s’était passé. Comme si je n’en étais pas affecté. Alors que c’était tout le contraire.

J’ai voulu me protéger. Quand la douleur est trop forte, on ne veut plus la sentir. L’écrire, c’est la garder à jamais. L’écrire, c’est lui faire une place dans notre histoire. Je n’en voulais pas.

Je suis même allée jusqu’à me faire couper les cheveux quelques semaines plus tard. Changer la couleur. Je ne voulais plus de ces cheveux de « salope ». C’est ce que je me disais. Quelle tristesse. J’avais de si beaux cheveux, longs, blonds…

Je me rappelle lorsque je suis arrivée chez le coiffeur et que je lui ai dit que je voulais une métamorphose. « On change tout! Je veux que ce soit complètement différent! » On me regardait comme si j’avais perdu la tête. « Tu es certaine? » Je crois qu’il m’a posé la question 10 fois. Et puis, il ne voulait pas y aller trop drastiquement. On me ferait des mèches plus foncées. On ne couperait pas trop court. Je me souviens qu’on a fait une tresse dans mes cheveux. Il n’était pas question de les jeter! Lorsque le coiffeur les a coupés, deux filles tenaient mes cheveux pour qu’ils ne tombent pas par terre. On m’a donné la tresse. On me regardait avec incompréhension. Mes beaux cheveux blonds. Mais moi, je n’en voulais plus. Je voulais qu’on me considère pour qui j’étais vraiment. Je n’étais pas une salope. J’étais intelligente, sage et talentueuse. La vie devant moi m’attendait. Ces cheveux m’avait nuit. J’attirais les regards, j’attisais le désir. À cause de ces cheveux, à cause de moi, on était allé jusqu’à me violer. Plus jamais je ne vivrais ça. Il fallait prendre les grands moyens. Je devais changer mon image. Je devais couper le passé.

Je n’écrivais pas lors de ces soirées où j’avais mal à vouloir disparaître. J’étudiais. Je me suis jetée corps et âme dans mes études. J’écoutais des documentaires, je faisais mes lectures, j’étais seule et je n’avais pas envie de voir personne. Je me suis repliée sur moi-même. La tristesse était si profonde que je faisais tout pour ne pas me laisser ébranler. Parce que cette tristesse, elle peut tuer. Je valais plus que ça.

J’ai laissé tomber mes amis. Parce que je les mettais tous dans le même bateau. Parce qu’ils me rappelaient cette nuit d’horreur, comme s’ils avaient tous été complices. Parce que lorsque je les voyais, la douleur revenait. Je voulais changer de vie. Je voulais tourner la page. Je voulais construire un mur.

J’ai changé de ville. Je me suis trouvée un emploi ailleurs. J’étais nouvelle, je repartais à neuf. Je ne ferais plus les mêmes erreurs. Je me suis jurée que je serais respectable, que je ne ferais plus de mauvais choix. Je me suis faite de nouveaux amis. Ils ne connaissaient pas mon passé, ce passé que je voulais tant effacer.

Et à la longue, les images m’ont laissée tranquille. J’avais réussi à les enfouir très loin. Lorsqu’elles remontaient, comme un coup de poignard, j’avais si mal. Je me détestais. Je les chassais de mon esprit. Elles revenaient parfois dans mon sommeil. Et alors, je me réveillais en sursaut. Ce n’était qu’un cauchemar…

Mon copain de l’époque se souvient de mes crises d’angoisse. Je faisais de l’hyperventilation. Je ne voulais pas qu’il me touche. Ça ne durait pas longtemps, ça se calmait. Et je lui disais à chaque fois « je ne comprends pas pourquoi ça me fait ça… »

L’incapacité sexuelle, c’était le plus difficile. Lorsque venait le moment, je paniquais, je figeais, je ne voulais plus. Et tous les deux, on ne savait pas quoi faire avec cette réaction. J’ai consulté. On croyait à un problème physique. Je me suis fait opérer pour un problème gynécologique… qui maintenant, je sais, est apparu après le viol. Mais même cette opération n’a rien réglé. Le problème est revenu. Comme si mon corps me disait « écoute-moi! »

Avec les années, les images ont complètement disparues. Ne restait que les moments de panique soudaine. Et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’ai même cru que je devenais folle. Ou que j’avais peut-être un cancer qui déréglait mon système?! Le cœur qui se met à me cogner dans la poitrine pendant des jours sans arrêt, sans raison. Dès que je bougeais un peu, il se remettait à faire des siennes. J’ai consulté. « Tu es fatiguée ». J’ai pleuré. Je savais que ce n’était pas la fatigue.

Les insomnies devenaient habituelles, faisaient partie de ma vie. Pour rien, être incapable de dormir. Surtout vers janvier et février. Se réveiller en pleine nuit, avec une tristesse dans le corps. Ne plus pouvoir dormir. On a cru que c’était le matelas. On a cru que c’était les hormones. On a cru que c’était la digestion. On a cru que c’était le manque de luminosité parce que c’est l’hiver. On a cru que c’était le stress. On a cru que c’était les allergies… On a cru…

Mon oreille droite qui est constamment bouchée depuis… depuis cette époque. J’ai consulté un spécialiste. On a vérifié méticuleusement. Que des hypothèses. Un allergène présent dans l’environnement? Rien de grave, je n’ai pas à m’inquiéter. Ça passera avec le temps. Ça n’a jamais passé. Ça fait 20 ans. C’est toujours là. Il ne reste que des hypothèses. Lors de mes flashbacks, je l’entends respirer dans mon oreille droite. Qu’une hypothèse…

Les étourdissements, sans raison. L’anxiété qui monte, sans crier gare. Ces images à la télévision qui me font souffrir, qui font vibrer en moi une douleur inexplicable. Mon corps qui se met à trembler. L’envie de pleurer qui me tient la gorge. La honte qui m’étouffe. Mon passé qui me fait mal. Le mot salope qui me tue lorsque je l’entends. La colère qui m’habite et que je tais. Parce que je n’ai pas à me plaindre. Je suis responsable de ce que j’ai été. L’envie d’effacer je ne sais plus trop quoi… L’envie de me pardonner, de réparer. La peur que tout s’écroule autour de moi. L’incapacité à m’aimer vraiment parce que je me cache. Parce que je n’aime pas quelque chose. La conviction qu’un jour, je devrai y faire face. Parce que c’est trop lourd et que ça ne passe pas avec le temps… au contraire, l’urgence devient hurlante.

Je suis une personne rationnelle. Réaliser que le corps puisse garder en mémoire un événement est pour moi difficile à admettre. Je ne l’admettrai peut-être jamais à 100%, même si j’en suis probablement la preuve vivante. Accepter l’éventualité que mes réactions physiques aient comme origine un traumatisme, c’est loin d’être évident. Et je ne saurai jamais vraiment si c’est juste, si c’est bien vrai. Que des hypothèses…

Écrire, pour moi, c’était vital. J’ai arrêté d’écrire après que ce soit arrivé. J’ai jeté tous mes poèmes… j’en avais tellement. Mes émotions, je les sortais de mon corps de cette façon. J’ai cessé d’écrire car je ne voulais pas les laisser m’envahir. Je voulais les effacer. Force est d’admettre que les émotions, elles doivent sortir d’une façon ou d’une autre. Si on ne veut pas les écouter, elles se débrouillent pour qu’on les entende. Les images deviennent inatteignables, le ressenti reste présent, la douleur devient inexplicable, la conviction qu’on a quelque chose à guérir est plus forte que tout.

Et maintenant, je guéris. Parce que le lendemain, Dieu merci, j’avais écrit. Et grâce à cela, 20 ans plus tard, j’ai finalement compris.

 

Les blessures du viol

Il m’a rejetée. Il a rejeté mon opinion, mon désir, mon non-désir. Il a rejeté ma main lorsque j’ai voulu le repousser. Il a rejeté ma voix, mes cris, mes coups… mon existence. Ce sentiment de ne plus être. Ce sentiment de disparaître.

La panique. Lorsque j’ai compris ce qu’il voulait faire. Quand j’ai commencé à me débattre et que je voyais son sourire. Cette peur soudaine et indescriptible. Ce besoin de fuir, mais d’en être incapable. On comprend vite qu’on ne vaut rien. La panique. Quand j’ai compris que pour lui, je n’existais plus.

Il m’a humiliée. Il a fait de moi ce qu’il voulait. J’ai eu honte. Honte d’être impuissante. Honte de voir mon corps dans cet état. Honte d’avoir été si naïve. Honte de ce qu’il me faisait. De ce que j’étais en train de vivre.

Le contrôle. Être totalement contrôlée par l’autre. L’impuissance. Ce besoin de se défendre. Essayer, en vain. Perdre cette liberté qui permet de protéger son intégrité. S’en vouloir d’être faible. Voir ses mains puissantes tenir mes bras. Essayer de bouger. En être incapable. Cette image qui me fait encore si mal. La honte totale.

Il m’a trahie. Je lui avais fait confiance. J’avais accepté son invitation. Il a eu cette idée soudaine qu’on passe la soirée chez moi, je n’ai pas dit non. Il était toujours le bienvenue, je n’avais pas peur de lui. C’était un ami. J’avais décidé de lui faire confiance. Je n’avais rien contre lui! Je ne voulais plus coucher avec lui, c’est tout… Il avait planifié son coup.

Pourquoi me faisait-il cela? Qu’est-ce que j’avais fait? Il était gentil, et soudainement, il me fait ça? Je ne comprenais plus… j’étais sous le choc… anéantie… il a brisé cette confiance. Je m’en voulais à mort de l’avoir cru. Il m’avait dit de ne pas m’inquiéter. Il avait déjà été insistant dans le passé, il n’avait pas aimé que je lui dise « non », mais jamais je n’aurais pu imaginer qu’il me ferait ça. Pourquoi je ne me suis pas méfiée?

Il a été injuste. Il n’avait pas le droit de me faire ça. J’étais si en colère! Comment pouvait-il? Et il a mis la faute sur moi, il m’a fait comprendre que j’étais responsable, que c’est tout ce que je méritais. Mais je ne méritais pas ça, je valais plus que ça! Il est allé raconter un mensonge horrible à qui voulait bien l’entendre. Ce sentiment d’injustice qui m’a suivi pendant toutes ces années. Ce besoin de crier la vérité.…

Ce manque d’empathie. Cette froideur dans le regard. Ces paroles assassines. Cette méchanceté gratuite. Cette totale absence d’humanité envers moi. Ce sentir figée devant l’incompréhension. Cette impression de vivre un cauchemar. Être incapable de concevoir ce qui est en train de se passer. Le sentiment de culpabilité. S’il fait ça, c’est qu’il doit y avoir une raison. Cette raison, c’est moi… Ça ne peut qu’être moi.

On m’a abandonnée. Le lendemain, je voulais de l’aide. Mais j’ai vite compris que c’était impossible. Je ne pourrais compter sur personne. Il avait gagné. Il s’en était sorti. Personne ne viendrait à ma défense. Personne. J’ai senti le mur se refermer sur moi. Je devais me rendre à l’évidence, je ne pourrais compter que sur moi-même. Je ne me laisserais pas abattre. J’étais seule, mais forte. Ne plus y penser. Faire comme si ce n’était pas arrivé. C’était la seule façon de ne pas le laisser gagner.

Ce besoin d’être aimée. Coûte que coûte. Ce besoin d’exister dans le regard des autres, pour guérir ces blessures. Mais peut-on vraiment aimer qui je suis? Car ce soir-là, il m’a fait comprendre que je n’étais rien. Absolument rien.

Combler ce vide. De toute urgence. Peu importe les conséquences. Peu importe les conditions. Peu importe les prochaines blessures. Combler ce vide qu’il m’a fait ressentir.

On avance en n‘y pensant plus. Parce que ces images font trop souffrir. Pourtant, les blessures nous suivent. Elles sont collées à l’âme, comme des vêtements trop grands, trop lourds. On essaie d’être forte, souriante, bonne pour les autres.

Surtout, ne plus être rejetée.

Surtout, cacher cette honte.

Surtout, se méfier constamment.

Surtout, crier à l’injustice à tout moment.

Surtout, être aimée à tout prix, peu importe les sacrifices, peu importe si je dois me rejeter moi-même.

Quand les émotions prennent le contrôle

Il est long le chemin pour accepter ses émotions… Et parfois, il est même nécessaire de s’arrêter. Quand on ne peut même plus sortir au centre d’achat parce que la peur nous submerge, c’est que le corps nous crie « à l’aide! »

Quand le médecin nous prescrit des médicaments pour calmer le système nerveux, c’est que ça ne va plus. Je n’ai jamais pris de médicaments de ma vie, enfin, pas pour de l’anxiété et la dépression. C’était complètement nouveau pour moi. Je me suis toujours convaincu que je pouvais me gérer toute seule. Je sais que j’ai été malade dans le passé, que j’ai souvent fait de l’angoisse et même, que mon choc post traumatique ne date pas d’hier. Mais je n’en parlais pas. Je souffrais, mais je ne savais pas ce que j’avais. Je croyais que c’était moi qui arrivais mal à gérer mes émotions, c’est tout…

Mais ce 23 novembre 2017, ça en était trop. Incapable de fonctionner. C’était trop fort. J’ai réalisé que j’avais besoin d’aide. Et pour la première fois, j’allais en chercher. Cela peut paraître bizarre, mais pour moi c’était un pas de géant… demander de l’aide. J’ai toujours peur de déranger, je ne me considère pas assez importante, je n’aime pas me plaindre… C’est bien moi ça…

Lorsque j’attendais dans la salle d’attente, c’était horrible. Je souffrais tellement. Les bruits m’agressaient. Les gens autour de moi m’irritaient. La lumière était insoutenable. Les secondes me paraissaient des heures! Je n’avais hâte qu’à une chose, rentrer chez moi, être seule.

Lorsqu’on m’a enfin appelée, je n’avais aucune idée comment j’étais pour aborder le sujet. Et puis, sérieusement, je m’en foutais pas mal. Je voulais seulement de l’aide.

Dans le petit bureau, l’infirmière m’a demandé ce que j’avais.
« Je crois que je fais un choc post traumatique. »
« À cause de quel événement? Si tu veux me le dire, bien entendu… Tu peux attendre le médecin. »
« Un viol. »

Je n’ai pas attendu très longtemps. On m’a prise en charge. Je demandais de l’aide et on me la donnait. Quand on m’a demandé la date de l’événement, j’avais peur qu’on trouve que ma réaction était exagérée. Au contraire. Le médecin m’a demandé :

« Est-ce que tu as reçu de l’aide à l’époque, après que ce soit arrivé? »
« Non »

J’ai vu sa réaction. Le sérieux lorsqu’elle prenait des notes. Je n’avais pas à en dire davantage. Je n’étais pas folle. Ce que je vivais, c’était grave. Je le savais et on me le confirmait.  Je réalisais à peine moi-même ce que j’avais vécu. Je n’étais pas ridicule. Je ne dramatisais pas. Je n’exagérais pas. Je ne cherchais pas de l’attention. Il fallait enfin que je m’enlève cela de la tête. J’étais envahie. Je ne contrôlais plus rien. J’avais besoin d’aide. Et cette aide, il y a très longtemps que j’aurais dû aller la chercher. Le temps avait fait des ravages, il n’avait rien réparé.

Le début de mon arrêt de travail a été difficile. Difficile à accepter. Difficile surtout de ne pas me sentir coupable. Comment pouvais-je être à ce point empoissonnée par des émotions? Pourquoi n’étais-je pas capable de les contrôler? Moi, l’experte dans la maîtrise de la tristesse, de la colère… Je ne me reconnaissais plus.

Lorsque je suis entrée dans le bureau de mon médecin une semaine plus tard, je me suis mise à pleurer. Parce que j’étais tellement déçue de moi.
« Comment j’ai pu oublier ça? »
Et sa réponse, je m’en souviendrai toujours : « Tu n’as jamais oublié. »
Elle avait tellement raison. J’ai pleuré de plus belle, parce qu’enfin, on me comprenait. Je n’avais pas besoin de me justifier, je n’avais pas besoin de la convaincre, je n’avais pas besoin d’argument, on me croyait et on m’aidait.

Il y a de ces moments dans la vie où le temps s’arrête. On n’en a pas envie, on n‘avait pas prévu cela. Mais ces moments, on le comprend plus tard, sont nécessaires. Il m’a fallu du temps pour le comprendre, l’accepter. Ce que j’avais décidé de mettre de côté il y a 20 ans, je devais maintenant le guérir. Ces émotions que j’ai traînées depuis toutes ces années, il fallait dorénavant s’en occuper. C’était l’impasse. Je n’avais pas le choix.

On ne peut pas refouler ses émotions éternellement. Elles finissent par nous empoisonner. On ne peut pas faire comme si on ne les entendait pas. Elles se mettent à hurler. On ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas. Elles se mettent à agir sur le corps. On ne peut pas y échapper. Il faut les accepter. Les laisser vivre. Les laisser sortir. Leur donner la place qu’il leur revient. Se pardonner de ne plus avoir le contrôle.

Pourquoi j’ai porté plainte?

Je me souviens y avoir tellement jonglé pendant des jours et de nuits. On nous dit que c’est un chemin ardu, humiliant, terrifiant, rempli de déceptions et de douleurs. Mais aussi, on nous dit que c’est libérateur, que c’est essentiel à la guérison, que c’est la bonne chose à faire.

Quoi faire…?

Et puis, un matin, j’ai réalisé. Que j’avais beau me renseigner, demander conseils, connaître l’opinion de chacun… au bout du compte, j’étais seule. J’irais au combat sans personne. C’est moi, rien que moi, personne d’autre, qui affronterais ce chemin miné. J’avais donc pris ma décision. Et j’ai porté plainte.

Si je l’ai fait, c’est que j’en ressentais l’urgence. Et ce n’est pas tout le monde, bien au contraire, qui se sent prêt à le faire ou qui en ressent le besoin. Les statistiques le démontrent clairement. La très grande majorité des victimes d’agression sexuelle ne porteront jamais plainte (voir les statististiques CALACS) Et une partie des personnes qui porte plainte le fait plusieurs années plus tard. Tel fut mon cas.

Je ne vous expliquerai pas pourquoi les gens ne portent pas plainte. Je vous expliquerez pourquoi, moi, j’ai eu besoin de le faire.

Premièrement, parce que c’est la vérité. Marre de ceux qui disent « Si elle a vraiment été violée, qu’elle porte plainte et qu’elle cesse de se plaindre! » Et oui, ces commentaires je les lisais sur les réseaux sociaux, dans la foulée du mouvement #moiaussi. Ça me révoltait, j’avais envie de hurler! Comment peut-on dire une telle chose sans savoir? Faut-il être à ce point insensible? Ce que j’avais vécu était bien réel! Je connaissais la vérité! Je ne mentais pas! Je voulais affirmer, déclarer, crier, confirmer, la réalité de ce que j’avais vécu. Pour qui? Surtout pour moi-même. J’avais besoin de dire la vérité.

Deuxièmement, par devoir. J’avais été témoin d’un crime. Comment puis-je être cohérente envers mes principes si je ne dénonce pas? Comment me regarder dans le miroir et être fière de moi si je cache un crime? La justice est une des valeurs qui guide ma vie, que je veux mettre de l’avant, cela est pour moi incontournable. Ne pas porter plainte, ça aurait été d’aller à l’encontre de ce que je suis, de ce que je prône. Je devais aider la justice et être honnête. J’avais été témoin d’un acte criminel. Il était de mon devoir de le dire.

Troisièmement, pour me libérer. Redonner à l’agresseur ce qui lui appartient. Enlever cette culpabilité que je m’étais attribuée. Peu importe où cela était pour aboutir, j’avais besoin qu’on me confirme que ce n’était pas de ma faute, que c’était lui le coupable. Probablement que je n’avais pas besoin de ce chemin pour me débarrasser de la culpabilité. Mais pour moi, dénoncer était un acte concret, une action, qui me permettait de me tenir debout, de reprendre mon pouvoir. Je le faisais pour moi, pour personne d’autre. Et pour lui. Pour lui donner ce qui lui appartient depuis cette nuit-là.

Mais surtout, par respect pour moi-même. Ce que j’avais vécu, c’était grave. Il n’avait pas le droit de me faire ça. Je suis un être humain et je suis importante. C’était une question de dignité. Je devais me démontrer à moi-même que je vaux quelque chose. Je ne devais plus rester dans cet état de défaite, dans cette situation de victime, dans ce sentiment d’humiliation. Je ne méritais pas ce qui m’est arrivé. Il n’avait aucune excuse. Par amour pour moi-même, je devais porter plainte.

C’est fou quand même, 20 ans plus tard.

Pourquoi ne pas avoir dénoncé avant? La question qui tue…

Pour plusieurs raisons :

J’étais sous le choc.

J’ai essayé de demander de l’aide et ça n’a pas marché. On doutait de moi. On a insinué que j’étais en partie responsable. Je n’en ai plus parlé à personne.

Je considérais que j’avais fait une gaffe. Une grosse gaffe. Je lui avais fait confiance. J’avais accepté qu’il vienne chez moi, j’avais cru à ses promesses…

J’étais persuadée que je ne pouvais rien faire. C’était sa parole contre la mienne. Il ne me restait qu’une option, oublier. Ne plus y penser.

Avec les années, on enfoui le souvenir très loin. Mais les émotions restent : la peur, la colère et surtout, l’immense tristesse. On ne sait plus trop pourquoi on se sent comme ça. On sait que c’est relié à quelque chose, ce mal-être terrible, mais on n’ose pas aller fouiller. On sait que ça fera trop mal.

Et vient un jour où on retrouve. C’est l’explosion. Ce mélange de douleur et de libération.

Est-ce que je regrette de ne pas avoir dénoncé avant? Malheureusement, oui… Mais je sais que je ne pouvais pas. Je m’en sentais incapable. Pour moi, c’était tout simplement inconcevable, impossible. Je dois me pardonner d’avoir attendu si longtemps.

Et puis, probablement que 20 ans plus tard, c’était le bon moment. Je me sentais suffisamment forte et outillée pour le faire. Ma vie est stable, je suis en sécurité, aimée, valorisée. Je savais que j’avancerais dans un chemin périlleux, mais j’étais bien entourée. Je pouvais enfin aider la jeune femme de 19 ans qui était trop brisée pour porter plainte.

C’est arrivé le 24 janvier 1998.
Le 12 décembre 2017, je pouvais enfin le faire.

« Mieux vaut allumer une chandelle que de maudire l’obscurité. » Confucius

Pourquoi la honte?

C’est fort. C’est brutal. C’est inscrit dans mes cellules. J’ai honte…

Même si je sais, que je comprends, que je lui ai redonné ce qui lui appartient, j’ai encore honte…

La honte ne partira peut-être jamais. Je l’oubli par moment, mais soudain, sans m’y attendre, elle revient, elle m’envahie, elle me tient.

Pourquoi le viol fait-il honte?

Parce que nous sommes dans cette société, cette culture, qui nous suggère la honte. On nous apprend à assumer, à prendre notre part de responsabilité, à ne pas se plaindre si on n’a pas été prudente. On fait ça pour tout. On fait ça aussi quand on se fait violer.

La honte est associée à la sexualité, surtout féminine. Être femme, libre, c’est ressentir sur soi le poids du jugement. La honte du corps, la honte des gestes, la honte des désirs et des pulsions. Le viol est une expérience dégoûtante, c’est un moment à oublier mais qu’on ne peut pas, c’est cette fois où on a été victime, où on a vu son propre corps vivre ça. Quelle honte…

Encore aujourd’hui, quand des images me viennent à l’esprit, je me prends la tête à deux mains. Parce que j’ai honte…

Ce n’est pas logique, ce n’est pas rationnel, la honte est une émotion qui ne se contrôle pas, qui m’a pris d’assaut pendant que je vivais l’horreur et que je ne pouvais rien faire… rien faire… et que je devais attendre. Quelle honte…

J’ai honte d’avoir refoulé ce souvenir, de n’avoir rien dit, de l’avoir cru et d’avoir mis son geste sur ma faute, de ne pas m’être révoltée, de ne pas avoir appelé la police, d’avoir fermé ma gueule et de l’avoir laissé vivre sa vie en paix. Je l’ai laissé filer. Libre comme l’air. Quelle honte…

Cette honte qui m’a empêché de parler. Qui a fait que j’ai tout refoulé. Ce souvenir honteux qu’on veut taire à tout prix, surtout à soi-même.

J’ai honte de tomber 20 ans plus tard, d’être hantée par un souvenir si lointain, de me battre contre moi-même pour garder la tête hors de l’eau. J’ai laissé tomber mon travail, mes projets, mes responsabilités, à cause d’un événement qui appartient au passé. J’ai mis à l’envers les gens que j’aime, je les ai dérangé avec mes histoires, je me répète sans cesse, je me mets en colère pour des riens, je pleure sans pouvoir m’arrêter. J’ai 39 ans et j’ai l‘impression d’être une enfant. Quelle honte…

Est-ce que lui, il a honte? Pourtant, c’est à lui qu’elle appartient cette émotion destructrice, cette sensation d’engourdissement, cette lourdeur de l’esprit, cette envie de rentrer sous terre, ce désir de devenir invisible. Mais lui, il semblait si fier, si glorieux, parce qu’il avait atteint son but. J’étais tombée dans son piège. Comment peut-il avoir honte alors qu’il en sortait gagnant? Il avait gagné. Quelle honte…

On me dit que je ne devrais pas avoir honte. Je sais… Je sais. Mais c’est plus fort que moi. Peut-être qu’un jour, ce sera différent. Le fait de m’exprimer aide énormément. Quand je parle, j’ai le sentiment de défier la honte. Si je suis capable d’en parler, c’est parce que je n’ai plus honte, non? Quand j’écris, j’ai l’impression de cracher ma honte. Je tente de la sortir de moi, de l’expulser pour de bon. Je me convaincs, tranquillement, que je n’ai pas honte.

La honte est entrée en moi ce soir-là. Elle m’habite depuis. Comment voulez-vous que je la repousse du jour au lendemain? Cela fait des années qu’elle fait partie de la perception que j’aie de moi-même. La combattre, c’est un travail qui demande de la patience, de l’endurance, de la persistance. Car lorsqu’on pense avoir réussi, on fait face à l’échec, encore, en plein milieu de la nuit ou pendant qu’on rigole. Pour rien, comme ça, la honte se pointe le bout du nez et on replonge dans la douleur.

J’ai peur. Qu’on ne pense qu’à ça quand on pense à moi. D’avoir cette étiquette peu flatteuse, d’être celle à qui c’est arrivé. J’ai peur pour ma dignité. Je voudrais que ce ne soit jamais arrivé, mais je ne peux plus le cacher. J’ai fait semblant pendant tout ce temps, pendant que ça me détruisait de l’intérieur. Je ne peux plus l’enterrer. Je dois l’accepter et vivre avec cela pour le restant de mes jours. Cela fait partie de mon histoire, bien malgré moi. Quelle honte…

Je dois apprivoiser cette honte. La consoler lorsqu’elle pleure. Je dois apprendre à vivre avec elle. Maintenant que je sais d’où elle provient, maintenant que je l’ai replacée dans son nid, elle deviendra, avec le temps, moins bruyante, moins envahissante. Et peut-être qu’un jour elle s’envolera.

Le cœur doit être si léger sans la honte…

#moiaussi je suis forte

Pourtant… je n’étais pas méchante. Je ne voulais de mal à personne.

Oui, j’étais amoureuse facilement. Je tombais parfois dans certains pièges, acceptant de me donner, parfois pour une seule nuit, et ainsi dormir dans des bras protecteurs.

J’étais jeune. Je découvrais ma sexualité. Ma féminité. Je m’amusais de ce pouvoir que je pouvais avoir dans les regards masculins. Je me nourrissais de cette douceur qu’on avait à mon endroit, je me sentais belle et désirable, comme les princesses de ces histoires que j‘affectionnais lorsque j’étais enfant. De temps en temps, j’étais la plus belle du royaume.

Parfois, j’avais peur. Qu’on me voie pour ce que je n’étais pas. Pour une fille facile, alors que je disais bien plus souvent « non » que « oui ». J’avais peur d’être une agace, et j’avais peur d’être une salope. On ne s’en sort pas quand on est une fille et qu’on vit notre sexualité. Celle-ci est définit par le jugement des hommes, qui entre eux, parlent de nous, de notre corps, de notre jouissance ou de notre passivité. Trop facile celle-là, ou trop frigide et mal-baisée. J’en voulais à cette culture qui nous imposait le double standard. Les gars étaient fiers, les filles devaient avoir honte, peu importe qu’elles disent « oui » ou « non ». Dans les deux cas, elles ne s’en sortent jamais. Et elles apprennent à vivre avec ça. Même si elles trouvent cela foncièrement injuste.

Ce soir-là, lorsque tu m’as violée, tu as très bien joué avec cette honte. Tu as su, parfaitement, suivre ton scénario pour que jamais je ne puisse parler, me plaindre, te pointer du doigt. J’ai fini par me laisser faire, parce que tu insistais, tu ne me lâcherais pas cette fois-ci, je le savais. J’ai baissé les bras. Cette option était préférable à celle de te repousser violemment, moi qui n’avais aucune once de violence, tu le savais, tu me connaissais. J’avais beau te dire « non », tu n’en avais rien à faire. Ce soir-là, il fallait que je me donne à toi. Et j’ai compris que je n’avais pas le choix.

Mais tu ne t’es pas arrêté là. Ton scénario tu l’as probablement répété plusieurs fois dans ta tête. Tu l’avais sûrement bien visualisé. Tu y étais presque. Après que tu m’aies déshabillé, je l’ai vu dans ton regard. J’ai vu ton visage changer. Et je n’ai pas compris ce que je percevais dans ton sourire. C’était inexplicable. Mais il était trop tard. J’étais nue et vulnérable sous toi. J’étais fille fragile et toi, grand et puissant.

Cette douceur que tu avais utilisée depuis le début s’est transformée en violence. C’est alors que j’ai tout compris. J’ai paniqué. Une panique indescriptible. Je me suis débattue, j’ai crié, je t’ai supplié de me lâcher. Et toi, tu étais heureux. Tu vivais exactement ce que tu avais prévu. J’étais tombée dans ton piège, comme une pauvre fille naïve. Le fantasme du viol, voilà que tu le mettais à exécution.

J’étais si en colère, je te détestais, je te crachais ma haine par mes paroles et mes coups, pour que tu comprennes que ce que tu faisais, c’était monstrueux. Et je crois que ça, ça t’excitait encore plus. Et cela t’a donné encore plus la conviction que, « violer cette fille qui me déteste », c’est jouissif.

Je n’arrive pas à comprendre que tu aies jouis de mon absence. Lorsque mon cerveau s’est éteint, devant l’horreur de ce que je vivais, toi tu as continué, tu es allé au bout de ton plaisir. Et tu as laissé cette trace en moi, à jamais. Mon existence importait peu. Mon corps seul suffisait. Ma parole ne valait rien. J’étais punie d’avoir été naïve. Fille facile. Salope.

Car c’est bel et bien ce que tu m’as dit avant de partir, alors que j’étais refermée sur moi avec ma tristesse sans fin. « T’es vraiment une salope ».

Et je t’ai cru.

Mon cerveau y a cru pendant toutes ces années. Avoir honte. Me culpabiliser. Me taire.

Tu ne sauras jamais la brisure que tu as créée. Tu ne sauras jamais les stigmates que j’aurai en moi pour le restant de mes jours. Tu n’auras jamais conscience de l’impact que cela a sur moi et sur les gens qui m’aiment. Toi, tu as voulu vivre un fantasme. Toi, tu as décidé que ce serait moi cette fille-là. Et moi, je me suis détestée d’avoir été cette fille-là.

Il n’est jamais trop tard pour se réveiller. Il n’est jamais trop tard pour guérir.

Cela m’aura pris du temps, beaucoup de temps. Je dois me pardonner d’avoir attendu si longtemps.

Je vais te sortir de mon corps. Je vais être forte, enfin. Tu ne me domineras plus. Le chemin que je dois prendre n’est pas facile. Je vivrai de la souffrance encore et encore. Et peut-être même jouiras-tu de m’entendre raconter le récit de ton fantasme si bien exécuté. Juste à y penser, ça me lève le cœur.

Car être fille violée qui demande justice, c’est prouver qu’on n’a pas voulu être violée. La justice est à ce point injuste. Nous ne sommes qu’en 2018. Et toi, tu devras seulement lever un doute sur moi. Rien de plus. Ce doute que tu m’as fait ressentir ce soir-là, car au final, je me suis laissée faire, non? Alors, je suis devenue violable.

Je vais l’utiliser ce seul chemin possible devant moi. En sachant que tu as encore le rôle du plus puissant. On va douter de moi, on va me juger. Et toi, peut-être seras-tu considéré comme une victime, une pauvre victime de cette femme frustrée qui n’a pas compris quelque chose, ou même, qui ment assurément! La pauvre folle… pourquoi s’acharne-t-elle sur cet homme? Qu’elle fasse sa vie, qu’elle oublie, qu’elle soit une vraie femme douce et remplie de gratitude envers la vie. Elle a une famille, des amis, de beaux enfants et un emploi dans lequel elle s’épanouie. Pourquoi tient-elle à faire du mal? Surtout après tant d’années! Quelle tourne donc la page!

Je ne me laisserai pas ébranler. Pas cette fois. Parce que tu n’avais pas le droit. Parce que je suis un être humain. Ça, tu n’y avais pas songé ce soir-là. Quand tu es sorti de ma chambre, tu n’avais pas idée qu’à ce moment-là, le sentiment d’injustice m’a envahi. Qu’il n’est jamais partit. Et que peu importe ma souffrance, les jugements qui fuseront de toutes parts, les impacts sur ma vie, les projets déchirés et les regards suspicieux, je me battrai pour me rendre justice. Je me défendrai enfin. Tu m’as prouvé ta force physique ce soir-là. Je te prouverai ma force psychologique. Je vais me libérer de ton emprise. Je suis la plus forte du royaume.

Le choc

Ce que je vis… j’ai peine à y croire moi-même.J’ai avancé dans la vie, années après années… comme une grande.J’ai avancé dans la vie, j’ai nagé, j’ai tenu bon, j’ai tout fait pour ne pas couler.

Surtout, ne pas regarder en arrière, ne pas regarder en arrière…

J’ai voulu fuir ce passé. Ce passé dont j’ai si honte. Ce passé qui me révolte. Ce mélange d’humiliation et de colère, de sentiment d’injustice. Je détestais tant cette période de ma vie, je détestais ce que j’avais été, ce qu’on m’avait fait… sans vraiment comprendre, en pensant comprendre, en sachant très bien qu’un jour ou l’autre, je devrais m’arrêter et regarder enfin, faire face à cette tache sur ma vie qui m’empoisonne l’esprit.

Et j’avais peur. Peur que ce passé ne me rattrape, que cela détruise tout ce que j’ai construit. Si les gens autour de moi savaient, ils ne me verraient plus de la même façon! Au fond, ils ne me connaissent pas tant que ça… ils ne me connaissent pas dutout. Je leur cache une partie de moi, une vérité de ce que je suis, l’essentiel de mon être. Je me cache, j’essaie d’être quelqu’un d’autre… je veux qu’on m’aime.

Ce que je vis est indescriptible.

Octobre 2017. J’entends parler du mouvement #moiaussi. Il y a les accusations envers Gilbert Rozon. Les témoignages me bouleversent. Je lis sur le sujet, les médias ne parlent que de cela, je suis complètement à l’envers. Qu’est-ce qui se passe avec moi? Pourquoi ces émotions qui m’envahissent, comme si cela me concernait? Pour qui je me prends? Je m’invente des histoires? Qu’est-ce que j’ai?

Jour après jour, j’ai la gorge nouée. Ça monte en moi. La tristesse, la honte, la colère… Et ce passé. Ce passé que je déteste, que je voudrais tellement effacer de ma vie! Ce passé qui me remplit de honte!!! Ça suffit… qu’est-ce qui se passe? Et si tout cela n’était pas de ma faute… Et si finalement, j’avais été victime? On parle des émotions vécue par ces victimes… et on dirait qu’on parle de moi! Est-ce que je suis folle?

Mes journaux intimes… preuve de l’existence de ce passé. Ces journaux que j’ai tant voulu jeter, brûler, déchirer! Ces journaux qui me rappelaient cette période de ma vie que je voulais effacer. Je me suis toujours retenu, à la dernière minute, de m’en débarrasser. Plonger. Je dois plonger. Je suis assez forte maintenant pour le faire. Je dois enfin faire la paix avec moi-même…

Jour après jour, je lis. Ça me fait du bien. Ça me réconforte. J’étais une amoureuse, j’étais jeune, j’étais libre. Finalement, j’ai été sévère avec moi! Pourquoi avais-je cette image si négative de moi-même? Et oui, j’ai eu des déceptions avec des garçons, souvent! Mais ils n’étaient pas si épouvantables… certains m’ont menti, c’est vrai. Parfois j’aimais et on ne m’aimait pas, parfois on m’aimait et moi je n’aimais pas… La jeunesse quoi! Faire la paix avec ce passé, comme cela fait du bien à mon âme! Pourquoi ai-je attendu si longtemps?

J’ai lu la majorité des journaux de cette époque. J’étais vers la fin. Je lisais moins. L’essentiel était lu. J’avais renoué avec ce passé, j’avais travaillé à me pardonner. Je suis assise dans ma garde-robe, avec ce journal entre les mains, et je continu la lecture, pour le plaisir, en sachant que cette période est presque terminée.

Et je tombe sur cette page. Les premiers mots… les premières phrases…

J’ai eu une réaction physique! L’air est entré dans mes poumons avec violence! Comme si le souvenir venait d’entrer dans mon corps! Et ces mots que je ne cessais de répéter à haute voix, seule dans ma chambre : « Comment j’ai pu oublier ça? Comment j’ai pu oublier ça? » Mes mains tremblent, j’ai peine à respirer, je suis étourdie…

Comment ai-je pu oublier que j’ai été violée? Lui… c’est lui! Mon monstre c’est lui! Comment j’ai pu oublier ça? C’est impossible d’avoir oublié ça! Et tout revient… les émotions, les images… Comment peut-on oublier un souvenir aussi horrible? Moi qui a une excellente mémoire, qui s’est toujours donné comme mandat de ne pas oublier mes souvenirs! Comment j’ai pu effacer ça… mais finalement, je n’ai jamais effacé. C’était là, à l’intérieur de moi, et soudainement, tout a jailli, comme une explosion, comme une marmite qui déborde, comme une urgence de se libérer.

Le choc post-traumatique. Les images, les cauchemars, les sueurs froides, la panique, l’incapacité d’être en public, les difficultés de concentration, les tremblements, la perte d’appétit, la tristesse profonde. Et pourtant, l’événement date d’il y a 20 ans.

À l’époque, j’avais tremblé le lendemain. J’étais en état de choc. Il m’avait violée, je le détestais, j’avais peur, j’avais besoin d’aide. Mais je ne pouvais rien faire. Il avait gagné. Il avait déjà commencé à raconter un mensonge sur ce qui s’était passé. J’étais foutu. C’était de ma faute. C’était moi la conne. J’ai mérité ce qui est arrivé. « Ta gueule » que je me disais. Et j’ai refoulé le souvenir. Ne plus y penser, c’est la seule façon de s’en sortir, la seule. Effacer cela de ma vie. Ne plus jamais lui parler. Ne plus jamais m’en rappeler.

Et j’ai construit un mur.

Ce mur que j’ai fui. Lorsque je me retournais, je voyais ce mur que je détestais, ce mur qui entourait cette période de ma vie. Ce mur sur lequel il était écrit le mot « salope ». Et J’ai cru à cela, pendant 20 ans. Mon estime de moi-même était entachée de ce mot. Ce n’était pas une impression, c’était une conviction. Un jour, je devrais me pardonner d’avoir été une salope.

Le mur est tombé. Le souvenir est remonté. Jour après jour, de nouvelles images, des paroles, des sensations, des émotions. Mon corps envahit par le souvenir, sans cesse. Une libération, car enfin, je comprenais tout. Tout! Je comprenais ce que j’avais trainé avec moi depuis cette époque, je comprenais le sentiment d’injustice qui m’habitait, j’ai compris cette honte qui m’empêchait d’être complètement heureuse, j’ai mis le doigt sur le problème. Le problème avait une date, un nom, un visage. Enfin, c’est revenu. Je n’étais pas folle. Je savais qu’il y avait quelque chose… je savais que quelque chose s’était passé…

Et ce souvenir clair… clair comme aucun souvenir… avant de partir, de quitter ma chambre, il a voulu planter un dernier couteau… « T’es vraiment une salope ».

L’estampe était faite.

Ce que je vis en ce moment est indescriptible. Le souvenir est maintenant presque complet. Le casse-tête se reconstruit, jour après jour. Sans les demander, sans les chercher, les morceaux jaillissent dans ma mémoire, reprennent leur place. Quand cela arrive, ça me fait mal, car l’émotion associée remonte aussi en même temps.

J’ai autour de moi des gens formidables. Qui m’appuient, m’aident et surtout, me croient. Enfin. À l’époque, je n’ai rien dit car j’étais persuadée qu’on ne me croirait pas. Parfois, ce sentiment me hante encore. Mais lorsqu’on me dit « je te crois », la blessure est moins douloureuse à supporter. Enfin, je peux me libérer.

Et ce besoin de justice. Ce besoin qui hurle, qui hurle depuis 20 ans, enfin, je le comprends! Alors, je me suis levée et j’ai porté plainte. Je sais ce que j’ai vécu. Je sais ce qu’il a fait. Il avait tout prévu. Il a été cruel. Ce n’était pas de la sexualité, c’était de la violence. Il a voulu me détruire.

Je vais me battre pour cette jeune de 19 ans qui ne pouvait rien faire, qui était détruite, impuissante. Je vais la prendre par la main et je vais lui rendre justice. Rien ne pourra me faire  reculer.

Je vais guérir.

La honte va lui revenir. Elle ne m’appartiendra plus.

Je n’étais pas une salope. C’est lui le salaud.